[CRITIQUE][E-CINEMA] BABYSITTER de Morgan Krantz

Désagréablement agréable. Ray, un adolescent lunatique, doit affronter le divorce difficile de ses parents. Pour les aider au quotidien, la famille décide d’engager une étrange baby-sitter, Anjelika, une adepte de la magie blanche, dont l’influence va rapidement bouleverser l’équilibre familial déjà précaire…

Agréablement désagréable. Allez, une petite claque aux petits mauvais auteurs! Le très jeune réalisateur Morgan Krantz (la trentaine très fraîche) pourrait avoir réalisé le film qui sauvera ces affreuses fêtes de fin d’année par sa mauvaise humeur, sa bizarrerie réelle et son humour tordu. Il s’agit là d’un coup d’essai étrange et troublant. On y voit un adolescent lunatique qui devient malgré lui le sujet principal des négociations houleuses entre ses deux parents dans la procédure de divorce qui les oppose. En obtenant la garde de son fils, sa mère, une actrice qui tente désespérément de percer à Hollywood, tient aussi à conserver le train de vie confortable qui était le sien depuis son mariage. La famille décide d’engager une baby-sitter qui va rapidement réussir à combler les manques affectifs de chacun et qui, en bon ange exterminateur, va tester les résistances.
On retrouve la méchanceté du Happiness de Todd Solondz et du Maps to the stars de David Cronenberg dans cette description au vitriol d’une famille américaine névrosée. En profondeur, le film fait montre d’une étonnante maturité en racontant comment, pour tous les personnages, il est impossible de grandir, de s’affirmer et de s’affranchir de ses propres parents. On voit un loup-garou à deux reprises, en plus d’un extrait de film fantastique à la télévision. C’est une façon de suggérer la part de monstruosité inhérente à chacun. Certaines séquences font rire jaune (les grands-parents qui débarquent du Texas et assènent des phrases assassines) lorsque d’autres, par des effets de montage subliminaux (une séquence où le père de famille débarque avec une caméra), ajoutent au trouble. De toute évidence, un cinéaste est né et peu étonnant que l’on pense au fond par le mélange de satire et de fantastique à un certain Richard Kelly (Donnie Darko).

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