Tendres passions. Le peintre Youngsoo apprend que sa petite amie Minjung a bu un verre avec un homme et s’est battue avec lui. Le couple se dispute et Minjung s’en va, déclarant qu’il est préférable qu’ils ne se voient plus pendant un certain temps. Le lendemain, Youngsoo part à sa recherche, en vain.
Peindre ou faire l’amour. Mais qui a dit que le cinéma de Hong Sang-Soo n’était pas chaos? Certainement pas nous. Déjà parce qu’un réalisateur prolifique (vingt films en vingt ans de carrière) qui en apparence réalise toujours le même film et qui en vrai apporte à chaque fois des nuances subliminales impose notre respect. Ensuite, parce qu’on est bien chez HSS – plus on voit ses films, plus on aime son cinéma, plus on est chez soi. Loin de la posture et du snobisme qu’un tel cinéma semble appeler, c’est tout l’inverse qui en réalité se produit: ce cinéma-là raconte simplement des choses compliquées et balance doucement des vérités cruelles. Dans ce monde qui va si vite, le cinéma de HSS va si lentement que ça en devient réconfortant. Car, oui, c’est réconfortant de voir des personnages boire, parler, manger, baiser, s’aimer, se perdre, se retrouver.
Pour ce qui est de Yourself and Yours, ce qui frappe, c’est son étrangeté. Un climat de rêve que certains trouveront inédit et qui ne l’est pas du tout pour celui qui a connu le pouvoir de la province de Kangwon. Construit sur la figure du double et la redécouverte du sentiment amoureux, ce thriller au suspense affectif, sorte de film miroir où la fin répond au début, prend la forme d’un labyrinthe des sens dans lequel les personnages a fortiori masculins sont prisonniers de leurs premières fois. Cela en fera bailler, sans doute. D’autres seront intimement touchés. Parce que derrière le côté ludique et théorique, que l’on est en droit de trouver un peu affecté, émane une émotion souterraine qui, brusquement, jaillit, cueille, dévaste. C’est un art et ce n’est pas donné à tout le monde. C’est comme pour Rohmer tant moqué par des gens qui souvent ne connaissaient pas son cinéma: si vous n’aimez pas ça, n’en dégoûtez pas les autres.

