[CRITIQUE] WAITER! de Alex Van Warmerdam

Edgar mène une vie de chien. Serveur dans un restaurant miteux, il partage son existence entre ses clients saumâtres, sa femme casse-noisettes et ses voisins insupportables. Jusqu’au jour où il réalise qu’il n’est qu’un personnage de fiction issu du cerveau fécond d’un écrivain troublé. Jusqu’au jour où il décide de se rebeller auprès de son créateur. Jusqu’au jour où il réalise que la littérature, au même titre que le cinéma, c’est peut-être bien la vie.

Cinéaste néerlandais inclassable, toqué de Tati, de Brecht et de Buñuel, Alex Van Warmerdam construit depuis des lustres des fictions décalées et ouatées qui réjouissent les amateurs de cinéma « autre » et ne ressemblent qu’à elles-mêmes. Mais pour peu qu’on ne connaisse pas les clefs de son univers et qu’on ne goûte pas à son humour azimuté, Waiter !, dernier opus en date, risque de paraître agressivement abscons. Alors que sur le papier le sujet laisse promettre d’authentiques galipettes scénaristiques, le résultat à l’écran donne la fâcheuse impression d’une baisse soudaine d’inspiration du côté de notre ami qui, sur ce coup, s’est visiblement fait plaisir (il se met lui-même en scène) et repose paresseusement sur ses beaux lauriers avec des effets de style désormais connus. D’autant qu’on est à deux doigts du délire mégalo façon Kitano période Takeshis’ et de la remise en question existentielle de l’artiste confronté à ses obsessions démolies ou, pire, à la page blanche suicidaire. Si la mise en scène se plie à la rigueur lugubre et ne déborde pas d’un cadre minimaliste défini, l’histoire, elle, n’obéit qu’aux desideratas capricieux de rêves cotonneux, extrait tant que possible ses personnages de cases archétypales et, surtout, déconne furieusement en se hasardant dans les interstices d’un récit qui tient de plusieurs registres. Mais, essentiellement, il s’agit d’une réflexion sur les affres de la création, presque fellinienne, qui abuse de mises en abyme écœurantes. La limite réelle de l’objet serait peut-être d’être en surrégime (ce qui peut épuiser) mais surtout de ne parler qu’à un public restreint qui connaît déjà les facéties du cinéaste, adepte des dérives en tout genre et de l’humour pince-sans-rire. On a le droit de passer à côté et de trouver ces gesticulations un peu vaines. En tout cas, Waiter !, qui sort à la sauvette en plein été, n’atteint pas les prestigieux niveaux de La robe et des Habitants, deux de ses meilleurs mets alliant exigence formelle, distance ironique et densité dramatique. Non que le résultat soit irregardable ou que Van Warmerdam n’ait plus rien à nous dire, juste qu’on attendait plus qu’une réflexion un peu passée de mode sur les anicroches fictionnelles.

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