11 septembre 2001. Sur les quatre avions détournés, un seul n’atteint pas sa cible. Le film retrace en temps réel les quatre-vingt-dix minutes qui se sont écoulées entre le moment où l’appareil est détourné et celui où il s’écrase.
Pourquoi un tel film ? N’a-t-on déjà pas tout dit sur le sujet ? Qu’est-ce que le support cinématographique peut apporter de plus ? Pas mal d’interrogations se cognent dans le ciboulot avant d’entrer dans la salle. A l’arrivée, cata ? Non : on en sort tétanisés, justement parce que le cinéaste n’a pas cherché à jouer au petit malin avec son sujet et, corrélat, le spectateur : son objet à fonction cathartique est mû par l’urgence et se dirige vers une issue irréversible. Laissons de côté l’aspect charité business Cannois (la présence des familles des passagers des avions sur le tapis rouge soulève la controverse) et intéressons-nous au film qui est plus intéressant que sa polémique. Dénué de chantage à l’émotion, d’héroïsme pompier ou de dramatisation outrancière, Vol 93 scrute la peur qui se lit dans les regards et les visages, fait monter la pression avant la tragédie et en filigrane autopsie la fragilité d’un pays qui s’est toujours cru robuste. Sans se fourvoyer dans le symbolisme, Paul Greengrass s’intéresse au vol du quatrième avion détourné dans lequel les passagers étaient au courant des attentats du World Trade Center. Et filme les scènes brutes sans envolées lyriques ni flash-back.
La grande réussite réside dans le fait qu’il ne s’attache pas à un personnage précis mais à un groupe d’anonymes pris dans le même tumulte et la même rage de s’en sortir. Avant le passage à l’acte d’une violence inouïe, Greengrass enregistre des flottements, des inquiétudes intérieures, multiplie les contrepoints. Certains pourront trouver sa démarche indécente. Pourtant, au final, elle apparaît moins opportuniste que viscérale : elle retranscrit les événements au plus juste en s’appuyant sur des témoignages des familles et sans chercher à justifier quoi que ce soit. Ici, il est juste question de lutte pour la survie où des quidams n’ont pas cherché à sauver un pays par esprit patriotique mais juste leur peau. Les derniers coups de fil qu’ils donnent à leur famille prennent une dimension poignante. On sait tout de l’histoire avant d’entrer dans la salle et on n’apprend rien de nouveau (le film mise davantage sur l’émotion que la réflexion), mais la dernière demi-heure, plus éprouvante que n’importe quel film d’horreur, pourvu du même vérisme vertigineux que Bloody Sunday avec le mélange d’une mise en scène survoltée et la bande-son mélancolique, est tétanisante. Avec World Trade Center (qui sort en septembre prochain), Oliver Stone va avoir fort à faire.

