« Une nuit » d’Alex Lutz: alerte au nanar d’été

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« La nuit, les gens dorment, et pas nous ». L’argument est des plus simples: Paris, métro bondé, un soir comme les autres. Une femme bouscule un homme, ils se disputent. Très vite le courant électrique se transforme… en désir brûlant.

C’est beau, une ville, la nuit… Co-écrit avec une Karine Viard qu’on a rarement vue aussi éreintante, Une nuit est un interminable cauchemar, sorte de super film-révélateur de ce que peut produire la bourgeoisie française quand elle se pose devant une glace (et qu’elle juge pertinent de mettre une caméra devant). La caméra ne lâchera jamais les deux acteurs complices – toujours filmés en gros ou très gros plans – dont l’ensemble des dialogues prendra la forme de sorties très peu spontanées sur la vie en couple, les aléas amoureux, les livres à l’eau-de-rose, l’odeur des flux corporels, la répartition des tâches au sein du foyer… Jusque-là, rien de bien alarmant: on assiste simplement à une romcom faussement dévergondée qui rejoindra facilement la liste (bien fournie) des films français gros budget visant un ancrage populaire alors que tout suinte ici les bulles de champagne et les applaudissements nourris sur le plateau de Quotidien.

Pas la peine d’en faire tout un fromage. Mais vers le milieu du film, révélation. Le Lutz et la Viard, après s’être essayés au frisson d’un café-basket, tentent une virée dans un club libertin: c’est la première fois depuis 45 minutes que les deux tourtereaux doivent se coltiner – enfermés dans une love bubble où littéralement personne d’autre n’existe – du monde alentour! Là, la caméra de Lutz ne ment pas: les corps des autres clients sont tronqués au niveau de la tête (pourquoi donc se donner la peine de filmer quelque chose d’extérieur à la paire de nombrils qui occupe tout le cadre jusque-là?) et lorsqu’un bonhomme essaye de se faire une place dans le plan, il est obligé de pousser légèrement nos deux héros pour gagner leur sofa. Jamais la caméra n’aurait pensé à aller voir le petit gars, dont l’arrivée et la présence intrusives ne font guère place au doute.

Le clou du spectacle de cette comédie autarcique sera atteint dans une scène se déroulant dans un restaurant asiatique, où les deux loupiots tuent le temps en imaginant des vies aux autres personnes s’enfilant des nems aux tables adjacentes. Comme si le mépris n’était pas déjà assez palpable, les deux amoureux (on peut gager qu’il s’agit en fait des deux comédiens) crachent à la gueule du spectateur l’idée qu’ils se font du petit peuple. Exemple? « Jean Roger » – qui porte évidemment un képi, on vous jure que c’est vrai!!! – « courtier en pierres précieuses », à qui on ne manquera pas d’associer un imaginaire très Confessions intimes compatible: « dépressif depuis que sa femme Lucette l’a mis à la porte »… Le film alignera d’autres scènes faites du même bois où le monde extérieur est toujours synonyme de problème: pas étonnant qu’Une nuit commence dans un métro parisien bondé, figurant un petit numéro guignolesque de dispute qui aboutira finalement à la rencontre de nos deux personnages égocentrés.

On vous passe ces plans ralentis filmant des regards alanguis ou des mains s’agitant dans le cadre sans trop savoir que faire (on vous en a déjà trop dit sur ce pensum qui nous déçoit beaucoup de la part d’un Alex Lutz qu’on trouvait fort sympathique jusque-là). Un film-Lebensraum qui agrège exactement les mêmes tares que les films de Bedos, Beigbeder et hélas du seul Edouard Baer qu’on trouve dispensable (on parle là du cinéaste): l’esprit Canal est bien mort et enterré! G.R.

5 juillet 2023 en salle / 1h 30min / Romance, Drame
De Alex Lutz
Par Alex Lutz, Karin Viard
Avec Alex Lutz, Karin Viard, Jérôme Pouly

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