UNCLE FRANK 🔴 de Alan Ball: Nous nous sommes tant aimés, Alan Ball

La bonne soupe, les meilleurs pots. En 1973, Beth (Sophia Lillis), encore ado­les­cente, quitte sa cam­pagne natale pour aller étu­dier à l’Université de New York où enseigne son oncle Frank (Paul Bettany), un pro­fes­seur de lit­té­ra­ture répu­té. Elle découvre rapi­de­ment qu’il est homo­sexuel et qu’il par­tage sa vie depuis long­temps avec son com­pa­gnon Wal­ly (Peter Macdissi, acteur fétiche du cinéaste); une rela­tion qu’il a tou­jours gar­dée secrète. Mais le jour où Mac, le patriarche grin­cheux de la famille, décède subi­te­ment, Frank est contraint de retour­ner auprès des siens, accom­pa­gné de Beth et Wal­ly, afin d’assister aux funé­railles. Durant le tra­jet, il doit confron­ter les fan­tômes de son pas­sé et regar­der sa famille en face une fois arri­vé sur place.

RĂ©vĂ©lĂ© au grand public comme scĂ©nariste de American Beauty (Sam Mendes, 1999), cet auteur reste, aussi et surtout, aux yeux de nombreux comme crĂ©ateur de Six Feet Under, cette sĂ©rie sur la mort qui donnait envie de cĂ©lĂ©brer la vie et dans laquelle la vie des membres d’une famille basculait Ă  la mort du patriarche, laissant la direction de sa sociĂ©tĂ© de pompes funèbres Ă  ses deux fils. Tout y Ă©tait alors Ă©blouissant d’intelligence, d’audace et d’humour jusqu’Ă  sa conclusion inoubliable. Difficile donc de passer après. Et c’est prĂ©cisĂ©ment ce que ce Uncle Frank ne cesse de trahir Ă  chaque plan, reprenant les mĂŞmes ficelles (au demeurant efficaces mais aujourd’hui obsolètes) de la fameuse sĂ©rie culte sans un gramme d’originalitĂ©: la famille dysfonctionnelle oĂą chacun masque fĂŞlures et nĂ©vroses, on connait la chanson. La jeune ado Ă  la sensibilitĂ© artistique fâchĂ©e avec les normes et les conventions qui veut grandir vite, aussi. L’homosexualitĂ© dans le placard, idem. La mort du patriarche, itou.

Ainsi, pour ceux qui connaissent très bien la sĂ©rie, Uncle Frank donne l’impression de regarder un reader digest de ce qui a fait la marque de fabrique de son auteur avec la mĂŞme volontĂ© de gratter le vernis des apparences et de donner une Ă©paisseur humaine Ă  des personnages au prime abord archĂ©typaux. Ce n’est pas dĂ©sagrĂ©able en soi mais la recette, si elle Ă©tait moderne et puissante Ă  son Ă©poque dans sa capacitĂ© Ă  aller Ă  l’encontre de tous nos prĂ©jugĂ©s sociaux, ne fonctionne plus aujourd’hui et la mise en images, fonctionnelle pour ĂŞtre poli, peine Ă  donner une ampleur Ă  cette rĂ©flexion chromo sur l’ĂŞtre et le paraĂ®tre dans les annĂ©es 70. On est donc dĂ©routĂ©s, pour ne pas dire déçus, de la part du si fin Ball: non seulement il nous a dĂ©jĂ  fait le coup de la resucĂ©e en moins bien (sa sĂ©rie Here and Now que tout le monde a oubliĂ©) mais surtout il avait dĂ©jouĂ© tous les Ă©cueils redoutĂ©es de la redite dans son coup d’essai (l’inĂ©dit et courageux PuretĂ© volĂ©e, 2007) qui, lui, pour le coup, ne caressait pas dans le sens du poil, rappelant Ă  quel point Ball Ă©tait justement provocant dans ses obsessions et ses questionnements, en osant frĂ©quenter un sentier beaucoup moins politiquement correct. Aucune prise de risque donc dans ce feel-trop-good-movie mollement consensuel duquel on ne sauvera qu’un excellent Paul Bettany, sobre et touchant, mĂ©ritant Ă  lui seul une Ă©toile. C’est peu mais mieux que rien. J.F.M.

25 novembre 2020 sur Amazon Prime Video / 1h 35min / Drame
De Alan Ball /
Avec Paul Bettany, Sophia Lillis, Peter MacDissi /
Nationalité Américain

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