[TWIN PEAKS THE RETURN STORY] Episode 9 – «Nous avons rencontré le Major»

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Ultime retour à Twin Peaks. Ressortie des limbes au milieu des années 2010 par ses créateurs David Lynch et Mark Frost, diffusée il y a déjà 5 ans sur Showtime, la troisième saison de Twin Peaks, la mal-nommée «The Return», reste encore aujourd’hui l’œuvre cinématographique et audiovisuelle la plus marquante de ces dernières années. Il fallait donc se replonger dans ce grand fracas chaotique d’images une dernière fois, explorer ses thématiques et ses motifs visuels, et se perdre. Épisode 9.

« Watch, right here »
Bien remis du trou visuel provoqué par l’épisode précédent, nous revoilà plus revigorés et traumatisés que jamais pour reprendre de plus belle cette Twin Peaks story. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les repères et les signes sont toujours aussi dissipés, de la bourgade de Buckhorn dans le Dakota du Sud jusqu’à Las Vegas en passant par Twin Peaks – sans oublier une étrange «Zone» sur laquelle nous allons revenir. Tout cela nous menant vers des idées, des intuitions, des interprétations. Les personnages naviguent dans l’espace comme le spectateur qui regarde cette saison 3: sans trop de certitudes, flottant à travers les images, mais avec l’envie de défricher, d’interpréter, de trouver des idées. Les signes sont nombreux dans ce neuvième épisode, jusqu’au titre de ce dernier: This is the chair. Mais de quelle chaise la série parle-t-elle? La beige ou la rouge qu’Andy et Lucy se disputent d’acheter sur internet, ou bien celle que possède Betty Briggs – mère de Bobby, ex-femme du Major – et qui contient une fente menant à un étrange tube métallique censé guider Hawk, Bobby et le brand new Sheriff Truman dans leur quête du deuxième Cooper?

Question rhétorique bien sûr, tant David Lynch continue de parsemer des indices dont l’essence et la direction scénaristique qu’ils indiquent paraissent fumeuses, invisibles, laissant la part belle à l’intuition et l’innocence. Oui, Bobby réussit à ouvrir ce mystérieux tube puisque son père lui en avait offert un dans son enfance. Oui, ce tube cache un message indiquant qu’il faut aller au Jack Rabbit’s Palace, un lieu où se promenait Bobby, avec son père, toujours durant son enfance. Oui, le Major Briggs avait la (bonne) intuition que Bobby et ses fellas allaient partir à l’aventure. «I can’t believe this day as come!», s’exclame Betty Briggs. Une nouvelle aventure nous attend.

« Fruitcake anyone? »
L’enquête à Twin Peaks poursuit donc son cours dans le bain des signes et de l’innocence, tandis que la Blue Rose Case du FBI pilotée par Gordon Cole, Tammy Preston et Albert Rosenfeld, toujours accompagnés de Diane, vient de prendre un nouveau tournant. Après le face-à-face glaçant entre Diane et Cooper dans l’épisode 7, l’équipe est désormais appelée à enquêter sur la mort mystérieuse du Major Briggs, dont le corps fut retrouvé quelques épisodes plus tôt. Un autre face-à-face va alors avoir lieu, cette fois-ci entre Tammy Preston et William Hastings, présumé coupable du meurtre de Ruth Davenport, sa maîtresse dont la tête a été retrouvée sur le corps du Major.

On en apprend davantage sur le blog qu’il tenait avec Ruth à propos d’une mystérieuse « Zone ». D’ailleurs, vous pouvez aller checker le site si vous voulez mener l’enquête, c’est par ici. Pardon pour l’effet de réel. Un décalque intéressant de l’enquête à Twin Peaks ici : un nouvel élément (le tube/le site) pour un nouveau lieu (Jack Rabbit’s Palace/The Zone). C’est dans ce lieu mystérieux que Hastings aurait rencontré le Major, et que ce dernier lui aurait demander des coordonnées (qui joueront un rôle primordial dans la suite…). The Return continue de semer des graines dans l’esprit des spectateurs, pas seulement pour mieux les perdre, mais pour les tester dans leur visionnage.

Nous le voyons ici, les enquêtes avancent, des rencontres sont faites, les lieux se croiseraient presque. Mais tout ceci dans un mode opératoire – un modus operandi pour citer Gordon Cole dans FWWM – consistant à interpréter des signes, et de déduire leur direction. Albert dit à Cole que le corps de Briggs appartient à un homme âgé de 40 ans alors qu’il devrait en faire plus de 70, en théorie. À cela, Cole lui prend l’épaule, comme un signe de confiance, avant de revenir avec les autres. Un geste qui en dit long sur la perspective de l’enquête policière menée par The Return. Après tout, Bobby parvient à ouvrir le tube en le balançant par terre, par intuition infantile ! Il y a dans cet épisode une énumération de signes qui accompagnent des réactions d’une poésie presque naïve, comme déconnectée, mais persuadée de trouver la solution aux problèmes. Cela participe à la pensée positive que dégage The Return, œuvre qui cherche à semer des solutions dans un monde des plus noirs et mystérieux. Si les enquêtes traînent volontairement, c’est aussi pour mieux explorer chaque facette des personnages: le sourire de Bobby à la découverte du souvenir laissé par son père, les pleurs de William Hastings clamant son innocence… Autre enquête: Ben Horne et Beverly qui cherchent l’origine du bruit sourd dans l’Hôtel du Grand Nord. Autre lumière: un rapprochement, une main qui traîne, mais Ben qui ne peut pas s’engager, poliment, respectueusement.

« Answers »
Un élan positif toujours autant symbolisé et embarqué dans le regard de l’ange sénile Dougie Jones, que nous avons le bonheur de retrouver dans un commissariat de police à Las Vegas, accompagné de sa femme Janey-E et de son boss Bushnell. Ce dernier fait d’ailleurs face lors d’un interrogatoire à trois policiers, les Fusco, dont leur rire, leur lenteur et leur déconnexion font la part belle au potentiel comique de cette saison 3. C’est d’ailleurs en serrant le poing que Bushnell, ex-boxeur, quitte la salle d’interrogatoire. Ambiance…

Dougie, quant à lui, est toujours dans ses pensées. La mise en scène prend à partie son regard, passant successivement à un drapeau américain (avec l’hymne patriotique America the beautiful de Samuel Ward en fond sonore), des talons rouges et deux prises murales. Le champ-contre-champ avec l’american flag puis celui avec les talons rouges proposent les premières pistes de réminiscence de Cooper tel que l’on connaît. La version diminuée de Cooper (qui est aussi la version augmentée de Dougie Jones) voit ici quelques occasions de revenir, montrant à son spectateur que ce retour est toujours possible. Revenir par fidélité au Federal Bureau Investigation, revenir pour l’histoire avec Audrey, celle qui se dandinait, talons rouges au pied, dans la première ébauche twinpeaksienne des années 90. Et enfin, le regard qui se pose sur des prises murales, objet à travers lequel il est passé de l’outre-monde de l’épisode 3 au monde réel. Faudrait-il repasser par ses prises pour, enfin, revenir?

Des éléments de réponses, comme le dit Dougie lui-même avant qu’il ne pose son regard sur ces signes: «Answers», répond-il à Bushnell. L’épisode 9, et Dougie l’a bien compris, est une succession d’éléments de réponses pour guider ses personnages et ses spectateurs. Et peut-être que la meilleure façon de les comprendre et de les accepter est de les regarder, avec innocence, tendresse et des idées derrière la tête. Nous verrons bien vers où tout cela nous mènera, et c’est une perspective patiente, généreuse, sublime. Q.B.-G.

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