Un héros très discret. Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, Desmond, jeune yankee, est confronté à un dilemme: comme n’importe lequel de ses compatriotes, il veut servir son pays, mais la violence est incompatible avec ses croyances et ses principes moraux. Il s’oppose ne serait-ce qu’à tenir une arme et refuse d’autant plus de tuer. Il s’engage tout de même dans l’infanterie comme médecin. Son refus d’infléchir ses convictions lui vaut d’être rudement mené par ses camarades et sa hiérarchie, mais c’est armé de sa seule foi qu’il entre dans l’enfer de la guerre pour en devenir l’un des plus grands héros. Faites l’amour, pas la guerre.
Dix ans après Apocalypto, le réalisateur Mel Gibson revient, il n’est pas content. Si la rédemption Hollywoodienne tant attendue n’est jamais venue en tant que comédien suite à de trop nombreux choix laborieux (Blood Father de Jean-François Richet, pour n’en citer qu’un seul), peut-être Mel la trouvera-t-il en tant que réalisateur aux commandes de ce film de guerre jouant la carte de l’épique et louant l’héroïsme incroyable de Desmond Doss (Andrew Garfield, loin des blockbusters aseptisés). Pour ceux qui ne le connaitraient pas, ce super-héros caporal de l’US Army pendant la Seconde Guerre mondiale a été décoré de la médaille de l’honneur de l’armée des États-Unis alors qu’il était objecteur de conscience et ne portait jamais d’arme. Au cours de la bataille d’Okinawa, sur l’imprenable falaise de Maeda, Desmond a sauvé des dizaines de vies, seul sous le feu de l’ennemi, en ramenant un à un les blessés du champ de bataille. Un chemin de croix que Gibson ramène sans cesse à une dimension spirituelle au gré de symboles, de connotations, de ralentis et qu’il importe de mettre en parallèle avec La passion du Christ (2003) qui traduisait la même idée pieuse (la sublimation d’un être extraordinaire dans un contexte peu propice aux éclats) mais de manière différente, really too much chaos, rebutant par sa volonté d’évangélisation, ses sous-entendus équivoques et son caractère illuminé – on rit mais La passion du Christ 2 est actuellement en prépa.
Paradoxe: pendant une bonne heure, Tu ne tueras point surprend par son classicisme, pour ne pas dire son innocuité, en racontant comment Desmond est devenu intolérant à la violence mais tolérant à l’amour, suite à un traumatisme enfantin, en réaction aux coups d’un père vétéran alcoolique. Le message se résume au miracle de l’amour, plus fort que toute forme de violence. On est même parfois dans l’image d’Épinal pour illustrer ce message de paix, notamment lors de la passade avec une jeune infirmière, lumière d’une vie cernée par les ténèbres. L’ensemble, au départ mollasson, ne démarre réellement qu’une fois sur le champ de bataille, visant le même terrain sensoriel que Il faut sauver le soldat Ryan (Steven Spielberg, 1999). En gros, lorsque Mel Gibson s’adonne à son lyrisme outrancier, à sa complaisance bouchère, à sa violence éclaboussante. Certes, le film, illuminé en sourdine, ne dévie pas de sa trajectoire, adoptant jusqu’au bout une dialectique consistant à opposer le bien et le mal, les pulsions de vie et les pulsions de mort et l’on a parfaitement le droit d’être réfractaire à la catéchèse comme à ces problématiques binaires. Mais, si elle ne s’embarrasse d’aucune nuance, l’expérience de Tu ne tueras point n’en demeure pas moins passionnante, confirmant après la réussite réelle de Apocalypto l’envie de Mel réal de communiquer au spectateur l’intensité d’une expérience hors du commun et confortant de manière plus générale la singularité du parcours Gibson, trouble-fête dans un paysage Hollywoodien qui l’abhorre tant. Comme dirait l’autre, qui l’aime le suive.

