On se demande encore pourquoi ce film souffre de telles difficultés à être distribué (des problèmes de droits, visiblement) tant tout ce qu’il contient est un motif de réjouissance. Tel quel, Trick ‘r Treat ressemble à un film fantastique comme on en faisait au début des années 90. Parfaitement calibré pour une bonne soirée Halloween, il carbure au premier degré et ne tutoie à aucun moment un cynisme de bas étage. En le regardant, on repense aux sensations que l’on pouvait ressentir en découvrant Paperhouse ou Candyman, de Bernard Rose, ou même le film à sketches Body Bags avec cet amour du genre chaudement communicatif et une inventivité tous azimuts. La narration, au départ décousue, épouse rapidement la structure d’une chronique polyphonique permettant à cinq segments aussi différents que cruels d’évoluer de manière exponentielle (plus on avance dans l’histoire, plus c’est gore et trash).
Au menu, un directeur d’école serial-killer qui doit faire attention à ses rencontres nocturnes, une lycéenne glam qui cherche désespérément son cavalier, une bande d’ados qui s’égarent sur le lieu d’une tragédie et s’amusent à se faire peur… Le jeune couple qui ouvre et ferme cette Ronde du gore – plus proche de Carpenter que de Ophuls – est le plus insignifiant. Ce qui passionne, c’est le voisinage entre un gamin qui bouffe une barre chocolatée avec des bouts de verre dedans et un père de famille à deux doigts de l’implosion tueuse. La superposition entre les intrigues parallèles reste assez acrobatique et n’interfère en rien sur le plaisir pris à les regarder, notamment celle avec Anna Paquin dont le rôle demeure assez surprenant.
Brian Cox se distingue en voisin grincheux confronté à un lutin assez flippant – qui, si le film rencontre son public, pourrait devenir aussi culte que le Jeepers Creepers. Prises à part, les intrigues sont très sympathiques et ménagent de bonnes surprises en fonctionnant sur des registres dissemblables (certaines s’inscrivent plus dans le fantastique que l’horreur et vice-versa). Sans doute parce qu’ils reposent tous – et donc étayent tous – la mythologie d’Halloween en jouant sur l’ambigüité du réel et de la farce, de la peur et du bluff, résumée par le titre. Coscénariste de X-Men 2 et Superman Returns, Michael Dougherty n’a pas peur du dérapage tout en restant extrêmement humble, en refusant l’esbroufe inutile, en se chargeant aussi bien des effets spéciaux que des moments de pure angoisse.
Ce qui réjouit au-delà des espérances, c’est que le programme est totalement cohérent avec ses intentions. En plus, et c’est loin d’être négligeable, Trick ‘r Treat contient des petits plaisirs pervers de cinéphile allant du basique (la scène d’introduction renvoie à Halloween, La nuit des masques de John Carpenter mais ce sera le seul clin d’œil au film matriciel) au plus tordu : montrer par exemple l’excellent acteur Dylan Baker, le père de famille dans Happiness de Todd Solondz qui trucide le gamin obèse bouclé de Bad Santa, lui coupe la tête avant de s’esbaudir dessus avec son fiston. Bon esprit, bon film.
