Commissaire-priseur expert dans les oeuvres d’art, Simon (James McAvoy) se fait le complice du gang de Franck (Vincent Cassel) pour voler un tableau d’une valeur de plusieurs millions de dollars. Dans le feu de l’action, Simon reçoit un violent coup sur la tête. À son réveil, il n’a plus aucun souvenir de l’endroit où il a caché le tableau. Ni les menaces ni la torture ne lui feront retrouver la mémoire. Franck engage alors une spécialiste de l’hypnose (Rosario Dawson) pour tenter de découvrir la réponse dans les méandres de l’esprit de Simon…
Alors que « Slumdog Millionnaire » et sa pluie d’Oscars auraient pu le contraindre à des choix plus consensuels, Danny Boyle continue de surprendre en fonctionnant à l’instinct. Après « 127 heures », sorte de survival immobile avec James Franco emprisonné au fin fond d’un canyon, il change de nouveau de registre avec « Trance », mélange les genres (le thriller, le film noir, le film de casse) avec une énergie démentielle et semble pour la première fois depuis longtemps renouer avec le cinéma qu’il pratiquait dans les années 90. Cette impression est confirmée par la présence de son ancien scénariste John Hodge, déjà auteur de « Petits meurtres entre amis » et « Trainspotting », qui n’avait pas travaillé avec Boyle depuis « La Plage ».
Ne pas conclure que Danny Boyle récite paresseusement ses effets de style coutumiers. C’est un cinéaste éclectique qui cherche la meilleure façon de raconter une histoire et se soucie du confort du spectateur, dans le choix de la bande-son, des acteurs et de l’intrigue. Ici, il rivalise d’imagination pour dynamiser le récit et pour passionner les amateurs de constructions mentales. Par son sens de l’esbroufe, il donne l’illusion que le film créé une connivence avec le spectateur pour mieux le manipuler au gré de nombreux coups de théâtre.
La première heure se révèle intrigante, pleine d’informations, d’images, de couleurs, de mouvements, de références – picturales ou littéraires – jusqu’à la saturation. Les éléments faisant avancer l’intrigue sont souvent énoncés verbalement, ce qui donne au personnage principal joué par James McAvoy (« X-men : le commencement ») un air de passivité. Rosario Dawson est la femme fatale de cet univers masculin et Vincent Cassel n’a pas besoin de forcer le trait pour être menaçant. Le dernier tiers du récit est réservé aux explications, pour montrer au spectateur comment il a été mené en bateau pendant la première heure. Et c’est un peu le problème de « Trance ».
On ne comprend pas pourquoi Danny Boyle et son équipe ont mis autant d’efforts à échafauder ce système de manipulation par l’illusion avant de, finalement, tout démolir en quelques minutes. C’est un peu comme l’enfant qui massacre en cinq secondes le château de sable qu’il a mis des heures à construire. D’où l’impression d’un divertissement certes ludique mais contre-productif. Tout simplement parce qu’il finit par s’autodétruire.