[CRITIQUE] TRAIN DE NUIT de Diao Yinan

Hongyan exerce la profession de bourreau dans une province chinoise. Le week-end, elle s’échappe de ce quotidien en prenant le train de nuit, qui la conduit à la grande ville, où elle espère rencontrer le grand amour.

Comme son confrère Jia Zhang Ke (en moins cérébral), Diao Yinan appartient à cette génération montante du cinéma chinois qui, loin de la censure idéologique des studios officiels, n’hésite pas à regarder les mauvais côtés d’une société en pleine mutation. Avec Train de nuit, le titre de film le moins vendeur de cette nouvelle année, le réalisateur questionne l’horreur du neutre qui entoure, qui asphyxie. Et c’est estimable, un réalisateur qui n’a pas peur. Pour offrir un regard sinistré sur les événements, il adopte le point de vue d’un personnage ingrat de bourreau (Dan Liu), solitaire fatiguée de tout et surtout d’elle-même, en quête d’une âme sœur. A mi-chemin, lorsque le désir devient pressant et qu’un personnage masculin énigmatique croise sa route, le récit prend les atours d’un thriller affectif et suscite pléthore d’interrogations curieuses. Qui est-il ? Que veut-il ? Pourquoi elle ? Représente-t-il une menace ? Où vont-ils ?

De fil en aiguille, surgissent des thèmes qui se passent de commentaires : la misère sexuelle, la peur de l’inconnu, la pression anonyme des éléments, la névrose des gestes quotidiens, la violence sensible de la durée, l’architecture industrielle qui engourdit le cœur. Le traitement de Yinan opte pour les moments de flottements silencieux, insiste sur les échanges de regards équivoques et confère au spectateur cette étrange sensation de malaise mêlé de tristesse si proche du cauchemar éveillé. Viscéralement antonionien, Train de nuit déroule son intrigue en rendant palpable le désespoir poisseux, le désenchantement nu, comme une gueule de bois sans cesse renouvelée, et traîne dans des coins mal famés. Il en ramène de beaux fragments mélancoliques qui touchent intimement. Bref, un film qui séduit sans que l’on sache réellement pourquoi et qui jusque dans ses errements retrouve toujours en grâce ce qu’il peut perdre en vigueur. Rien n’y est facile mais tout y est évident.

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