[CRITIQUE] TOUT L’ARGENT DU MONDE de Ridley Scott

Spacey grave. Rome, 1973. Des hommes masqués kidnappent Paul, le petit-fils de J. Paul Getty, un magnat du pétrole connu pour son avarice, mais aussi l’homme le plus riche du monde. Pour le milliardaire, l’enlèvement de son petit-fils préféré n’est pas une raison suffisante pour qu’il se sépare d’une partie de sa fortune. Gail, la mère de Paul, femme forte et dévouée, va tout faire pour obtenir la libération de son fils. Elle s’allie à Fletcher Chace, le mystérieux chef de la sécurité du milliardaire et tous deux se lancent dans une course contre la montre face à des ravisseurs déterminés, instables et brutaux.

Christopher Plummer est formidable. Ce comédien octogénaire ayant à-peu-près tout joué dans sa carrière l’a toujours été et il l’est encore dans Tout l’argent du monde. Mais arrêtons un peu de mentir. En notre for intérieur, comment dissiper le malaise? Difficile de regarder ce film-là objectivement. Kevin Spacey, vieilli à l’aide de prothèses, devait il y a encore quelques semaines tenir le rôle du milliardaire américain. Mais les accusations de harcèlement et d’agressions sexuelles sur mineurs lancées contre l’acteur ont conduit à son remplacement, à six semaines de la sortie du film. Du jamais vu à Hollywood. Christopher Plummer a donc pris le relais au pied levé pour retourner toutes les scènes où apparaît son personnage, afin de sortir le film comme prévu fin décembre et être éligible aux Oscars.
Le voyeur en nous guette Plummer au tournant tout en soulevant un problème déontologique: a-t-on le droit de nier un acteur? Les producteurs doivent sans doute penser que les bouffeurs de pop corn que nous sommes ne verront que du feu à ces 10 millions de budget ajoutés à la dernière minute, à ces 9 jours de tournage en rab et à une post-production que l’on imagine calamiteuse. Tout ça pour sauver un film du rejet des professionnels de la profession et de la concurrence face à la série Trust de Danny Boyle revenant aussi sur le même rapt de J. Paul Getty III par la mafia calabraise? Ridley Scott assure à qui veut bien l’entendre qu’il ne pouvait pas faire autrement. Mais il nous faudra reparler un jour ou l’autre de cette manière précipitée d’agir pour assouvir la consommation et masquer l’embarras: est-ce que le spectateur de cinéma a réellement envie de cautionner un film ayant fait disparaître un acteur par un autre? La question gênante posée (et réellement problématique au moment de payer son ticket), parlons de ce qui reste: la fresque familiale à la fois pompière et rafistolée. Rien de neuf, rien d’excitant.
Ce qui est sûr, c’est qu’avec ou sans l’acteur naguère adulé d’American Beauty et de la série House of Cards, la forme (joli travail du directeur artistique) et le fond (rebondissements artificiels, vieilles ficelles, vieux clichés…) restent inchangés. Le côté film maudit ne change finalement rien à la désinvolture de Ridley, ne faisant même plus semblant de croire en ses plans, alignés avec l’ardeur d’un fonctionnaire tamponnant des formulaires. On se console comme on peut avec les comédiens principaux qui, eux, y croient fort. Dont ce cher Plummer et Michelle Williams, idoine en mère déterminée à sauver son fils coûte que coûte, ensemble dans les meilleures scènes de cette fable ankylosée sur les ravages du capitalisme.

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Date de sortie 27 décembre 2017 (2h 15min) / De Ridley Scott / Avec Mark Wahlberg, Michelle Williams, Christopher Plummer / Genres Thriller, Drame / Nationalité américain[CRITIQUE] TOUT L’ARGENT DU MONDE de Ridley Scott
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