[CRITIQUE] TIME OUT de Andrew Niccol

Quelques années après l’échec commercial de Lord of War (24,1M$ en fin de carrière), Andrew Niccol cherche clairement à remonter la pente et à rassurer avec Time Out, d’une telle sobriété qu’il ferait passer Bienvenue à Gattaca pour Blade Runner. Comme souvent avec lui, l’idée est extrêmement forte (le temps a un coût, au sens propre) et les notions aussi (l’héroïsme, la vie reliée à une banque automatique). Hélas, rapidement, le film s’effiloche. Pour commencer, le concept est menacé par des invraisemblances patentes, comme ces compteurs que les personnages arborent sur l’avant-bras et qui défient la chronologie (c’est vide avant d’être plein, sans que l’on sache comment ni pourquoi). Sans parler d’un mystère sans explication : l’ombre tutélaire du père. En laissant de pareils blancs, Niccol donne l’impression de ne pas avoir eu assez de moyens pour colmater les brèches. Les scènes d’action sont limitées et la population se résume à quelques figurants dans des rues désertes. Ensuite, il n’y a pas de croyance dans l’exécution. Certaines scènes comme la mort de la mère (Olivia Wilde) provoquent l’inverse de l’effet escompté. Enfin, le schéma est trop binaire et manichéen, dépourvu d’alternative ou d’ambiguïté. Ce qui est surprenant de la part de Niccol.

Le scénario suggère que les classes moyennes ont été les premières touchées par la crise, creusant le fossé d’une société scindée entre le ghetto grouillant et le luxueux New Greenwich: d’un côté, les pauvres, les putes et les loubards Dandys ; de l’autre, les riches, les réceptions onéreuses et la protection rapprochée des gardes du corps. De la bande-son aux prémisses du trip-hop aux costumes, le projet semble dater d’une époque où Neneh Cherry cartonnait au Top50. Par-dessus tout, Time Out souffre de la comparaison avec les précédents travaux d’Andrew Niccol, réalisation (Bienvenue à Gattaca) comme scénario (Truman Show), qui eux étaient en avance sur l’époque. Les acteurs sont aussi moins intenses. Justin Timberlake et Amanda Seyfried en héros marxiste ne sont jamais attachants, jouent chacun de son côté et ne facilitent pas l’immersion, même si le spectateur ne peut qu’embrasser les causes politiquement correctes de leurs personnages (lutter contre l’inégalité, démonter le système capitaliste). On est bien loin de Mickey et Mallory dans Natural Born Killers (Oliver Stone, 1994). Face à eux, Cillian Murphy joue le méchant aux yeux bleus comme un robot. Il est élégant mais sous-exploité. On peut aussi prendre le parti de considérer Time Outcomme un sympathique retour aux divertissements candides des années 80 ou d’accepter un parti-pris esthétisant, soutenu par Roger Deakins, le chef-opérateur des frères Coen, magnifiant Los Angeles pour en faire le cadre idéal d’une aventure romantique. Mais, faute d’émotion, le film ne fonctionne pas sur la durée : aussitôt vu, aussitôt oublié.

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