[CRITIQUE] LE CERCLE – THE RING 2 de Hideo Nakata

Soyons clairs dès le départ : ceux qui s’attendent à une suite conventionnelle du premier The Ring – Le Cercle (signé Gore Verbinski) risquent de ne pas en croire leurs yeux. Le Cercle 2 n’est pas un film fantastique ni même un trip horrifique mais présente en revanche tous les symptômes d’un mélodrame tordu. Hideo Nakata, auteur des Ringu et Dark Water made in Japan, a le bon goût de ne pas nous servir un film propret et basique calibré pour les bouffeurs de pop-corn et décortique le phénomène plus loin que prévu. En réalité, il s’agit d’un aboutissement : du premier Ringu en 1997 et son atmosphère morose, maladive, suicidaire jusqu’à ce dernier en 2005 et son ambiance saine, sereine, apaisante où même le mal finit par être neutralisé, il y a quelque chose d’infiniment cohérent qui défie les lois du mercantilisme. Nakata s’est simplement réconcilié avec lui-même. Histoire de cassette maléfique qui circule entre toutes les mains, ados qui font mumuse en se filant les jetons, fantôme qui sort d’un écran de télé… De ce canevas archi-balisé dont on connaît toutes les recettes à toutes les sauces, le réalisateur nippon aurait pu tomber dans les cercles infernaux de la redondance et de la facilité. Tout faux. Les qualités de ce Cercle 2 résident précisément ailleurs puisqu’au niveau du trouillomètre, le film affiche un zéro pointé. Ce qui est évidemment enquiquinant lorsqu’on vante au travers des bandes-annonces au demeurant efficaces un précipité horrifique. Surprise générale, Nakata contourne la lourde démonstration pour transformer un argument fantastique convenu en une histoire d’amour complexe entre une mère et son fils. C’est tout.

Lors de la sortie de Dark Water, le cinéaste avait fait part de sa volonté de changer de registre, de quitter les films d’horreur pour voguer vers le mélo. Choix qu’on sentait dans son film précédent qui pouvait être vu comme une subtile conjonction d’angoisse et de mélo qui le plaçait directement dans la lignée des Borzage et Tourneur. En filigrane, on retrouve dans Le Cercle 2 toute la thématique d’Hideo Nakata jusque dans ses fines ambiguïtés : rapport mère-enfant, pression sociale, climat paranoïaque, impression d’être pris pour un fou, solitude, mère dévouée, père absent… L’astuce consiste ici à se focaliser sur le personnage de l’enfant (David Dorfman, nettement plus convaincant que dans le premier Cercle parce que mieux dirigé) et à tout filmer à sa hauteur. L’attraction du film n’est pas Samara, c’est lui. Certes, cette suite de The Ring n’est pas exempte de défauts qui fâchent mais le cinéaste s’accommode comme il peut d’un cahier des charges aux lourdes contraintes Hollywoodiennes. Ainsi, le premier quart d’heure peut s’avérer décevant entre la bande-son un chouia pompeuse (la même que celle du premier et qui ne colle pas à la mise en scène de Nakata) et les dialogues explicites (alors que dans les précédents Nakata, le silence valait de l’or). On retrouve encore une fois une jeune Samara qui a besoin d’un shampooing aux œufs (Nakata semble en avoir presque autant marre que nous). Oui, oui, oui, sauf qu’Hideo prend ces éléments rébarbatifs comme des prétextes pour peindre des maux relationnels et va droit à ses thèmes de prédilection et diverses obsessions. D’une suite qui aurait pu être sans âme, Nakata en a quasiment tiré son propre remake américain de Dark Water en prenant le soin de modifier la conclusion et d’en tirer non pas un film malsain mais une œuvre apaisante, presque sereine et surtout gravement personnelle.

Contrairement à Takashi Miike qui récemment dans son One missed call (bientôt dans les salles françaises) se foutait ouvertement de la gueule du genre en pompant l’intrigue du Cercle et en triturant de l’intérieur la mécanique trop bien huilée, Nakata agit de manière plus feutrée, plus discrète, plus subtile et de fait casse définitivement les déclinaisons douteuses, les blagues de téléphone et les fausses parodies. A ce titre, la scène d’introduction qui semble pasticher celle du premier Cercle est roublarde (elle est en fait directement liée au court-métrageCercles de Jonathan Liebesman, déjà écrit par Ehren Kruger, et uniquement disponible sur le DVD de l’édition collector). Comparativement au triste Ringu 2 japonais dont il vaut mieux ne pas se souvenir, Nakata n’en reprend que la scène finale du puits (la meilleure) qui, à l’époque, pouvait être vu comme un clin d’œil lointain et inspiré à Anthropophagous de Joe D’Amato. Par ailleurs, le sacrifice de la mère pour veiller à la sûreté de son bambin n’est pas sans faire penser à celui de la mère dans Dark Water (inoubliable scène de l’ascenseur, ceux qui s’en souviennent en tremblent encore). En quelque sorte, tout Le Cercle 2 porte la marque de son auteur. La boucle est bouclée et le cercle bien fermé.

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