« The Wrestler » de Darren Aronofsky: la rédemption de Mickey Rourke

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Après des mises en scène sophistiquées, The Wrestler marque par son épure naturaliste. Première rupture formelle dans la filmographie du cinéaste, il faut croire que ce changement fut apprécié: le film rafla le Lion d’or du festival du film international de Venise. Randy, the Ram (le bélier) est un catcheur dont la réputation s’est bâtie sur ses exploits physiques et provocants. Quand nous le découvrons, 20 ans ont passé et s’il persiste à maintenir son statut de champion, sa condition n’est plus ce qu’elle était. Le corps usé, une fragilité perce derrière cette masse de muscles, sollicitée par des années de labeurs et d’anabolisants. Un problème au cœur enrayera la machine cependant, l’obligeant à considérer sa vie hors du ring…

Scénarisé par Robert D. Siegel et inspiré de la chanson The Clown de Charles Mingus (soit l’histoire d’un clown cherchant désespérément à montrer ses talents, mais dont la reconnaissance n’arrivera hélas que tardivement), le film est centré autour d’un seul personnage, incarné par Mickey Rourke. Un choix judicieux de la part du réalisateur tant les parallèles entre la vie de l’acteur, devenu persona non grata, et son rôle de colosse au pied d’argile sont troublants. Et si l’on ajoute, dans l’équation, la chance de se revenir sur le devant de la scène et un possible redémarrage de carrière, on comprend mieux l’investissement personnel et émotionnel du comédien.

Adoptant un cadre au corps-à-corps (ces travellings où la carrure du héros envahit l’image), la caméra se fait nerveuse et restitue l’univers à double-face des lutteurs. Aronofsky nous immerge dans ce monde dont les codes sont aussi factices que pervers. Le catch, après tout, n’est qu’un vaste show et le réalisateur révèle comme le ferait un vieux magicien, les trucs et astuces: achat d’accessoires pour se battre, emploi de lames pour se mutiler, placement tactique entre combattants, etc. Spectacle oblige, Randy offre au public sa dose d’adrénaline (le spectateur avide de castagne n’est pas si loin finalement de l’audience TV de Requiem for a Dream) quitte à s’enfoncer dans une spirale morbide. Accro à cette reconnaissance, notre catcheur ne se respecte plus, dopant son corps jusqu’à l’excès pour atteindre la performance, piégé par cet effort aussi addictif pour l’ego que corporellement néfaste. C’est la prostitution de son image et, au-delà, de sa valeur qui est ici en jeu, en parallèle de son ami, la strip-teaseuse Cassidy (Marisa Tomei).

Obligé de s’arrêter pour préserver son cœur (l’usage d’un infra-son servira d’avertissement), le catcheur fera l’expérience des limites, d’une forme de vulnérabilité aussi, contraint d’affronter certains aspects de sa vie qu’il avait négligé. La véritable lutte est intérieure. Dans un dernier acte rédempteur (comme en attestent les nombreux clins d’œil au Christ), il retrouvera sa fille, Stephanie (Evan Rachel Wood) et tentera de se racheter. Durant une promenade en bord de mer, ils visiteront une usine en ruine, vestige symbolique de notre héros. On notera quelques longueurs dans cette dernière partie, comme si Aronofsky, en se réadaptant à une certaine épure, avait du mal à doser, trouver son rythme.

Les vieux démons rattraperont notre héros cependant, incapable de s’adapter. Un comble pour ce catcheur puissant, mais démuni devant les exigences du quotidien. On ne passe pas d’un monde à l’autre aussi impunément et il est bien difficile de concilier plusieurs rôles (le catcheur, le père, l’amant), de trouver sa place. Incapable de séparer son image de sa réputation, non tant par obsession que par difficulté à faire autrement, Randy acceptera son destin, quitte à se sacrifier dans un dernier round. M.S.

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