« The Watcher », la nouvelle série de Ryan Murphy sur Netflix: un vertige polanskien où la démence se répand comme un virus

0
2069

Sommes-nous en train d’écrire qu’à peine quelques semaines après son éprouvant Dahmer, Ryan Murphy balance encore une mini-série sur Netflix? Absolument, avec The Watcher, qui met les nerfs à rude épreuve. 

Avec une promo et un concept un poil moins tape à l’œil, The Watcher a le mérite de ressembler à une semi-recréation pour le papa de American Horror Story, non seulement parce qu’il coupe les ponts avec ses acteurs chouchous habituels, mais aussi probablement parce que son dispositif disons modeste en fait un projet un poil moins ambitieux. Ce qui n’empêche pas la chose d’être terriblement efficace et addictive. À l’origine, le cador swinguant entre FX et Netflix puise son inspiration dans l’histoire vraie d’une famille harcelée par des lettres anonymes, alors qu’elle venait à peine de trouver la maison de leur rêve. Murphy-verse oblige, l’horreur monte d’un cran, des personnages purement fictifs sont ajoutés, et les péripéties se révèlent bien plus nombreuses que le fait divers d’origine. Vous pensez bien que quelques vilaines missives ne suffisaient pas à cette fofolle de Ryan…

Bobby Cannavale, tout en cernes, et Naomi Watts, toujours ok pour jouer le surmenage, incarnent les époux Brannock, à deux doigts d’arriver à l’apogée du rêve américain: lui sera bientôt associé dans une importante boîte, elle se lance dans une carrière d’artiste, et voilà qu’une immense maison leur tombe dessus. Pratique, l’agent qui s’en occupe est une ancienne amie de Nora (Jennifer Coolidge). À peine le paradis effleuré, que des lettres d’un certain «The Watcher» arrivent par voie postale: quelqu’un les observe et sait tout sur eux. Au regard du voisinage qui n’aurait dépareillé à Twin Peaks, les suspects ne manquent pas: un frère et une sœur (Mia Farrow!) en tout point semblable au mythique couple du tableau American Gothic et un couple de retraités voyeurs et râleurs n’hésitant pas à venir empiéter sur la propriété. Viendront s’ajouter d’autres silhouettes comme une détective chanteuse de jazz, un ancien propriétaire traumatisé, un inspecteur sceptique, ou un jeune garçon venu installer le système de sécurité, qui vont compliquer un peu plus l’affaire chaque jour. Car quelqu’un ou quelque chose semble également habiter la maison…

Il suffit de voir le visage illuminé de Mia Farrow (qu’on n’avait pas vu depuis le Dark Horse de Solondz) pour comprendre où veut en venir Murphy: The Watcher est un vertige polanskien, où chaque interaction donne des envies de camisole et la démence se répand comme un virus. Grand amateur de camp, Murphy a bien entendu cerné le grotesque dont Roman Polanski raffolait dans les descriptions des personnages secondaires, avec des sautes d’humeur passives/agressives aussi hilarantes que perturbantes, nous renvoyant nous-même à notre capacité incertaine à gérer des conflits aussi absurdes et effrayants. Mia Farrow, harcelée en 1968 par ses voisins encombrants dans Rosemary’s Baby, s’offre à son tour un rôle de folle-à-chat-sans-chat, entourée de la savoureuse Margo Martindale et de l’indispensable Jennifer Coolidge, bien plus méchante que son rôle de richarde désœuvrée de White Lotus. Dans cet exercice d’intrusion loufoque et malsaine, il n’est pas interdit de penser également à Mother!, de Darren Aronofsky, où là encore tout échappait au personnage de Jennifer Lawrence, voyant sa maison infecter sans relâche par des corps étrangers.

Difficile de ne pas devenir maboules lorsque, en même temps que les personnages, l’on se rend compte que tout s’englue dans une majestueuse toile d’araignée dont on ne peut se défaire. Quelquefois, la sensation de voir Murphy rejouer la partition de American Horror Story: Murder House se fait sentir, en oubliant toutefois la part grand-guignolesque et surnaturelle, et en abandonnant le baroque toqué pour un cauchemar wasp où tout le monde court après ce foutu rêve américain, avec la sainte maison en guise de level one du bonheur. En creux, on y aperçoit aussi la revanche insidieuse d’une génération conservatrice sur une autre, symbolisée entre autre par un odieux personnage inspiré de John List, le Xavier Dupont de Ligonnès américain (sans le tintamarre médiatique autour). À la fois totalement désagréable et absolument divertissant, The Watcher remplit ses fonctions, l’air de rien: son tableau d’une Amérique cupide, parano et puritaine sied définitivement bien à l’horreur ambiante. J.M.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici