On peine à croire au hasard des calendriers lorsqu’en à peine deux ans, plusieurs films se mettent à reprendre le schéma de l’inébranlable Théorème de Pier Paolo Pasolini: Saltburn, Lost in the Night, Swimming Home et à présent The Visitor, présenté en début d’année à la Berlinale à grands coups d’affiches chocs. Derrière ce nouveau remake (mais pleinement assumé à l’inverse des films cités), un Bruce LaBruce en quête du scandale d’autrefois (c’est loin Hustler White les enfants). Il faut dire que ses derniers titres faisaient vraiment tirer la gueule, y compris son passage par plusieurs studio porno, avec en particulier un essai proche de la débandade chez Cockyboys et un hommage bien loupé à Tom of Finland chez Men.
Le principe de The Visitor est simple: replacer le concept du film de Pasolini dans l’Angleterre actuelle, climat politique inclus. L’ange insolent prend les traits d’un colosse noir (Bishop Black, dont la beauté laisse sans voix), sortie d’une valise échouée près de la Tamise. L’image du migrant, accueilli par une voix off scandant des diatribes racistes, et de l’extra-terrestre (sa peau transpire une curieuse substance) se confondent dans une introduction évoquant celle de L.A Zombie, du même Bruce LaBruce. Et le voilà intégrant une famille bourgeoise pour la baiser de fond en comble. Car oui, le Théorème de Labruce sera porno of course. Musique de boite berlinoise, générique à la Gaspar Noé, cartons «révolutionnaires» à la Raspberry Reich (Possess the possessor/ Eat out the rich/Open borders open legs…), interprétation outrée avec des genres qu’on mélange et des perruques de travers, caractérisation des personnages jetée aux orties (le papa est un daddy moustachu à l’air ravi, la mère une consommatrice invétérée, le fils un DJ à couettes, la fille une ingénue poilue, et la bonne est une grenouille de bénitiers)… tout a la saveur de l’underground jemenfoutiste chère aux origines du cinéaste, mais la photo, étonnement léchée, semble chuchoter que LaBruce veut se trouver une légitimité toute autre.
C’est plutôt raté sur ce coup là, tant le film déborde d’un sens de la subversion dépassé et sous-traite son sujet au point de se contenter de raccrocher poussivement les wagons avec son film modèle. Qui Labruce essaye-t-il de choquer ici? Probablement ceux qui n’ont jamais vu de pornos et ceux incapables de comprendre son second degré, avec sa parodie d’étalon noir et sa célébration improbable de l’inceste. Dégustation d’excréments, gode crucifix bien enfoncé, claquage de cuisses, coït en pleine église… à défaut d’ébranler, on en rit parfois, c’est déjà ça. À la fois bête et amusant dans sa littéralité (imaginez l’image d’un homme enculant le capitalisme au sens propre, nous y voilà), The Visitor se gâche lors d’un de ses rares moments dialogués, là où il aurait justement dû fermer son clapet. Une chose qui fonctionne, elle: les scènes de cul, plutôt brèves, mais toutes intenses, sensuelles, poisseuses et extatiques.
1h 41min | Comédie dramatique, ErotiqueDe Bruce LaBruce | Par Bruce LaBruce, Alex Babboni Avec Bishop Black, Macklin Kowal, Amy Kingsmill |
1h 41min | Comédie dramatique, Erotique