[CRITIQUE] THE TREE OF LIFE de Terrence Malick

Cela fait des années que The Tree of Life résonne telle une bénédiction pour beaucoup d’amoureux du cinéma. Parce que plus personne ne sait depuis quand il est en gestation. Et parce que ce n’est ni plus ni moins que le nouveau Terrence Malick. Au final, le résultat n’est pas le chef d’œuvre que tout le monde espérait. Pas même qu’il n’est l’échec prédit par les réfractaires et les impatients. Au mieux, il s’agit d’une magistrale ballade. Au pire, d’une déception qu’il convient de mesurer. Du reste, Terrence Malick nous livre une sorte de film-somme, où une multitude de thèmes qu’il affectionne sont jetés en pâture, agencés parfois maladroitement. En filigrane, il y a les questions qui torturent le cinéaste. Les réponses, il espère les trouver en arpentant tout ce qu’il est possible de sonder : des entités microscopiques à l’infiniment grand (un peu comme dans 2001, Odyssée de l’espace, sans la perfection). Dès lors, c’est un sentiment de fouillis qui émane de The Tree of Life ; sentiment induit de plans-séquences aussi ahurissants que bordéliques, animées par des voix-off s’adressant d’une manière pompeuse à Dieu. Les images sont puissantes mais n’empêchent pas le brassage de vent et la masturbation intellectuelle galvanisés par cette envie de vouloir tout expliquer. Sans y parvenir réellement… Entre ses accrétions de tableaux invitant au voyage enivrant, Terrence Malick étiole ses propos en suivant une famille où un père – Brad Pitt – élève ses enfants à la dure. Au sein de cet environnement patriarcal baignant en pleine nature immaculée, il y a un fils que l’on retrouve bien des années plus tard, sous les traits d’un Sean Penn perdu parmi les buildings de la réussite. De temps en temps, on se demande où Terrence Malick veut nous emmener tant ces relents terre-à-terre à la sonorité religieuse contrastent avec l’expérience sensorielle et cosmique des trop rares séquences contemplatives. Néanmoins, une création artistique a-t-elle besoin d’un prétexte pour être belle et admirée ? Avec The Tree of Life, pas si sûr…

Malgré une admiration sans borne pour le travail de Terrence Malick, The Tree of Life fascine autant qu’il laisse perplexe. On peut le considérer comme un trip aérien, un film de fin du monde, un craquage, une prière à Dieu ou une méditation existentielle. Mais la déception est à la hauteur d’une attente qui aura duré plus de trente ans. Le si discret Malick a travaillé sur ce projet ambitieux dès les années 70. A la base, il était baptisé «Q» et devait retracer les origines de la vie sur terre. Suite à de multiples modifications, c’est devenu le bel objet glacé d’un autiste chrétien et perfectionniste qui, faute d’enjeux solides, manque de substance. Pour commencer, le film fonctionne de guingois et synthétise tout ce qu’il a à proposer dans sa première demi-heure (les fulgurances visuelles, la dimension métaphysique et Biblique) avant de ressasser explicitement le même discours déterministe (tout se joue pendant l’enfance) et les mêmes considérations de démiurge sur le sens de la vie. Ensuite, il y a un déséquilibre dans la narration (une heure en moins par rapport au montage initial). La partie avec Sean Penn a été mutilée au profit de celle avec Brad Pitt, accessoirement producteur, qui prend le pouls de la société américaine des années 50. Elle est bien jouée mais c’est paradoxalement la moins intéressante. Ça passe par un système d’oppositions schématiques (père/mère, père/fils, homme/nature, inné/acquis, micro/macro), assénées avec un sérieux qui bride l’émotion et l’identification. Expérimental, The Tree of Life ressemble au film le plus libre de Malick et le plus fermé. Certains ironiseront sans doute sur cette rencontre science-fictionnelle entre 2001, l’odyssée de l’espace et Jurassic Park. En fait, on pense beaucoup à Lumière Silencieuse, de Carlos Reygadas qui, avec les mêmes obsessions (cosmos, joug familial), atteignait l’état de grâce et la puissance tellurique, sans Lacrimosa ni effets tarabiscotés. Cela étant, en dépit du manque de cohérence et de la parabole bondieusarde sur la perte de l’innocence, il faut sauver la virtuosité des plans et l’exceptionnel travail du chef-opérateur Emmanuel Lubezki (Les fils de l’homme). Malick reste un cinéaste, pas un escroc.

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