Les Haruno habitent une petite ville de montagne près de Tokyo. Sachiko, la cadette de huit ans, cherche à faire disparaître son double géant. Hajime, son frère, lycéen, vit son premier amour.
Yoshiko, la mère, décide de sortir de sa retraite pour faire un retour très remarqué dans le monde du film d’animation, sous le regard de son mari, Nobuo, qui pratique l’hypnose thérapeutique.
Quant au grand-père, ses excentricités inquiètent toute la famille.
The taste of tea est un poème étincelant de tristesse et d’amour qui donne l’impression de s’éparpiller sur différentes histoires et plusieurs personnages mais qui, en réalité, se révèle complexe et maîtrisé dans sa construction dramatique. En même temps, il distille une atmosphère étrange qui donne envie de voir ce qui se passe au-delà des apparences. Ce qui accroche durablement et fait que, sur plus de deux heures, on ne s’ennuie pas.
Sans doute trop conceptuel, le film ne révèle pas immédiatement tous ses atouts. Mais passé l’effort initial, le spectateur est gratifié d’une étude de caractère profonde où le dérisoire explose de partout, chez un ado encore dans l’enfance qui offre son parapluie à celle qu’il convoite, dans la tête d’une gamine persécutée par son double gigantesque ou les sourcils bleutés d’un vieillard sublime d’excentricité comme d’humanité. Progressivement, au fil de scènes plus ou moins distendues, le film instaure une curieuse atmosphère ouatée qui reflète les états d’âme intermittents de plusieurs personnages de la même famille en proie à diverses angoisses existentielles. Sauf que là où d’aucuns se seraient fourvoyés dans de longs discours explicatifs, le cinéaste Katsuhito Ishii élude les dialogues inutiles pour aller droit à l’essentiel, en faisant bouger des corps expressifs (on a parfois l’impression d’assister à un ballet).
Ce genre de petit jeu où il importe de tout décortiquer réclame une complicité active du spectateur. Mais il n’est pas compliqué de céder au charme insidieux de cette fiction pourvue de grandes qualités. L’ambiance surréaliste, qui parcourt le film comme une mélodie mélancolique, ajoute au charme et n’a rien d’une figure de style lourdement imposée. Pour enrichir une matière narrative déjà très dense, le cinéaste utilise une profusion d’images, métaphores et autres procédés visuels qui dépeignent l’univers intérieur des personnages. Le récit se dégage périodiquement de cette structure de base originale à l’occasion de sorties mémorables (les scènes de l’hypnose ou de l’enregistrement en studio, simplement hilarantes). Incidemment, le travail effectué sur le placement de la caméra, la composition du cadre et l’utilisation des paysages témoignent également d’un style visuel raffiné qui sert le propos du film.
Désosser les sources d’inspiration (on pense à un assemblage bizarre de Kim Ki-duk, Wes Anderson et Isao Takahata) ne suffirait pas à plaider pour ce film. Un peu comme dans Save the green planet (de Jang Jun-hwan) où les digressions potaches masquaient un pessimisme impitoyable, The taste of tea a la bonne idée de se rappeler que l’humour est la politesse du désespoir. Et même lorsque l’émotion se fait très intense (lors des dernières scènes), le cinéaste refuse tout chantage émotionnel et touche au plus profond sans faire appel au démon larmoyant. Preuve supplémentaire de la grande classe de ce grand film.
[critique] The taste of tea de Ishii Katsuhito
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