« The Surfer » avec Nicolas Cage à Cannes 2024: un thriller caniculaire, variation directe de « The Swimmer » de Frank Perry

Un homme – The Surfer, c’est lui – arrive avec son fils à une plage: belle voiture, beau costume, il présente à son rejeton le lieu comme un endroit cher à son cœur, celui où il a appris à surfer étant plus jeune avec son propre père. C’est que l’homme, depuis, a réussi, et est sur le point d’acheter une maison surplombant la baie. Alors que les deux empoignent une planche pour se lancer dans les vagues, ils sont retenus par une bande de locaux: «You don’t live herre, you don’t surrf herre» (à lire avec l’accent aussie). La troupe est intimidante, voire aussi féroce que les rednecks de Délivrance. Mais l’homme ne compte pas se laisser faire aussi facilement, et le voilà lancé dans un survival plus psychologique que physique dans l’espoir de finir par surfer sa putain de vague.

Si l’on s’en doutait à son titre et à son sujet, The Surfer est bien une variation assez directe de The Swimmer de Frank Perry, soit l’histoire d’un homme à l’identité trouble, revisitant par l’obsession d’une action aquatique le récit d’une vie dans lequel il a fini par se faire piéger. Comme dans Vivarium, Lorcan Finnegan convainc par sa capacité à enfermer son personnage dans un espace «toujours déjà là», un palimpseste existentiel et situationnel dans lequel on ne sait jamais si Nicolas Cage vient tout juste de débarquer ou s’il y est enfermé depuis bien longtemps. Très mental, très mis en image aussi (le film fait usage de nombreux effets très 70s de zooms, déformations de cadres, scintillements), The Surfer réussit à être un film caniculaire très regardable, offrant un bel hommage à ces personnages d’égarés de la Nouvelle Vague australienne. Dans le rôle, Nic Cage est plutôt excellent, avec juste l’excès qu’il faut quand il le faut (attention à cette scène exutoire de baston impliquant un rongeur et au moins une phrase culte), faisant de l’ensemble une Séance de Minuit très bien calibrée parvenant à faire applaudir le public – bien chauffé par la star de la soirée – une paire de fois.

Le problème, c’est qu’en positionnant son film aussi directement dans la trajectoire de deux chefs-d’œuvre comme The Swimmer et Wake in Fright, Lorcan Finnegan n’en fait que trop ressortir ses limitations: le metteur en scène ne possède ni le génie situationnel de Frank Perry, qui faisait de l’épopée pavillonnaire de Ned Merrill un voyage intérieur bouleversant, ni le talent de Ted Kotcheff pour imprimer des images de folie pure à la rétine. L’obligatoire scène de trip sous substances, renvoyant très directement à la nuit d’horreur que connaissait le personnage de Gary Bond dans Wake in Fright, est ainsi loin des sommets de son aîné. De même, l’enfermement mental du personnage est trop vite évident, faisant un peu tourner en rond le récit (qui n’a pas non plus pour lui de faire varier les lieux, comme dans le drôle de road trip qu’était finalement The Swimmer). Mais cela est-il bien grave? Non, car entre ses illustres références et Brice de Nice, Lorcan Finnegan a trouvé une petite place qui sied bien à son film, ajoutant au genre un humour bien à lui, et offrant un bon nouveau cru pour son acteur principal. T.R.

1h 39min | Thriller
De Lorcan Finnegan | Par Thomas Martin
Avec Nicolas Cage, Julian McMahon, Nicholas Cassim

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