Donné grand favori dans la course aux Oscars, avec douze nominations (dont celle du meilleur acteur), ce western sombre raconte l’odyssée du légendaire trappeur américain Hugh Glass (Leonardo DiCaprio) à l’époque de la conquête de l’Ouest.
Laissé pour mort et enterré vivant par des équipiers qui le trahissent et tuent son fils à moitié indien, Glass doit survivre seul et sans arme dans la nature la plus sauvage, avec une obsession: se venger. Le cinéaste mexicain a dû défier les éléments pour mener à son terme ce tournage en conditions extrêmes, amorcé dans le grand-nord canadien. La fonte des neiges précoce l’a forcé à déplacer toute son équipe à l’autre bout du monde, en Patagonie, entraînant des retards et dépassements de budget colossaux.
Un tournage que Leonardo DiCaprio, la star de 41 ans, a décrit comme l’une des expériences les plus dures de sa carrière, mais pour lequel il n’a pas hésité escalader des montagnes enneigées par -20 degrés entravé de lourdes fourrures, passer des heures allongé dans la neige ou immergé dans des fleuves glacés. Et pour mieux camper son personnage affamé, il a dévoré un foie de bison cru (« Je voulais que ce soit réel (…) C’était absolument dégoûtant. Ma réaction, qui est la nausée, se voit à l’écran »).
Face aux obstacles, Inarritu n’a pas dévié de son but et assuré à ses détracteurs: « Quand vous verrez The Revenant, vous direz wow ». Le public a effectivement dit « wow » et rien de plus. Plusieurs fois primé, The Revenant a déjà rapporté deux fois et demi son méga-budget de 135 millions de dollars. Le succès tient aussi à la collaboration féconde entre Inarritu et son directeur de la photographie Emmanuel Lubezki, leur duo ayant déjà triomphé l’an dernier avec Birdman (quatre Oscars dont meilleur film et meilleur directeur de la photographie). La photographie de The Revenant allie gros plans sur le visage de DiCaprio et scènes de batailles en plans-séquences et grands espaces immaculés sous un éclairage naturel. Le film fait aussi appel au dernier cri des effets spéciaux pour une hallucinante scène de lutte corps à corps entre DiCaprio/Glass et un grizzli ou une vertigineuse chute à cheval du haut d’une montagne.
Au moment où le manque de diversité dans le cinéma américain fait débat et à l’heure de la rhétorique hostile aux immigrés de certains politiciens, comme Donald Trump, The Revenant met aussi en scène plusieurs acteurs amérindiens dans des rôles clé. Toutes les conditions sont requises pour faire de The Revenant une formidable moissonneuse à Oscars. Une machine de guerre qui, pendant deux heures trente, veut impressionner le spectateur par tous les moyens, quitte à piocher des plans entiers chez d’autres cinéastes (beaucoup de Tarkovski et de Jodorowsky).
N’empêche, Tom Hardy est génial dans un second rôle hyper ingrat et il serait injuste de ne pas le souligner. Quant à DiCaprio, il donne tellement ses tripes à chaque plan, qu’il mérite incontestablement de recevoir enfin son Oscar du meilleur acteur. Un Oscar qu’il mérite depuis si longtemps… Si Kate Winslet obtient également sa statuette dorée pour son excellente performance dans Steve Jobs, ce sera une réparation pour le couple maudit du Titanic, des années après le snobisme qu’ils avaient essuyé il y a dix-huit ans maintenant…

