« The Maid »: cauchemar de singe venu de Thaïlande

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Une jeune femme travaillant comme domestique dans une demeure ultra-friquée est hantée par l’esprit de la précédente domestique et cherche à découvrir le secret de sa mort. On ne s’ennuie pas devant The Maid, film fantastique thaïlandais signé Lee Thongkham, disponible sur Shadowz.

Confessons-le d’emblée: les cinq premières minutes de The Maid filent les jetons de la plus simple et efficace des façons avec un adorable singe démoniaque, tantôt doudou-peluche pour enfants (en l’occurrence, la petite fille du film, au centre des attentions d’une domestique), tantôt bêbête aux yeux rouges des enfers qui surgit de nulle part, tel un pop’up sur un écran d’ordi avec, évidemment, des effets de sursaut sonores en rafales. C’est mille fois too much, mais pour peu que vous soyez plongé dans des conditions idéales, ça marche assez connement, faut bien l’écrire. Et nous voilà à deux doigts de ranger ce singe dans la liste de nos animaux maléfiques préférés au cinéma, à côté du renard prophétique de Lars Antichrist chéri qui truste depuis maintenant plus de 15 ans la première place de nos angoisses. Ces visions de singe sont d’autant plus prometteuses que le réalisateur thaïlandais Lee Thongkham soigne ses jump scare, sa mise en espace, sa gestion du point de vue… avec un savoir-faire stylistique dans la conduite du récit comme dans les scènes de terreur.

Passé une bonne demi-heure, on réalise qu’on est hélas allé un peu vite en besogne: le singe n’est pas la terreur protagoniste (et on est un peu déçu après une si bonne entrée en la matière), le récit s’attachant rapidement à cette adolescente au départ un peu tarte, travaillant comme domestique. Elle est progressivement hantée par l’esprit d’une ancienne employée, devant alors percer le secret de sa mort et creuser ses méninges pour fomenter une vengeance. Abandonnez tout espoir de nouveau Parasite (tout le monde n’est pas Bong Joon Ho) et n’attendez pas une variation sur la lutte des classes façon Bonnes de Genet – en même temps, quel pervers peut bien chercher du Genet dans un film d’horreur thaïlandais? Comment ça, nous?. Nier la dimension sociale d’une telle affaire surnaturelle serait couillon, y compris dans la résolution symbolique consistant à passer par le meurtre – comme chez… Genet (tiens, on y revient!), mais pas pour les mêmes raisons (chez l’écrivain, la fin justifie les moyens et la quête du pouvoir digne de tous les sacrifices!).

Notre réal est quand même plus occupé à faire joujou avec sa caméra qu’à pondre une thèse de troisième cycle. On ne s’en offusquera pas. Mais il ne faut pas s’étonner si certains décrochent plus rapidement que d’autres: les effets masquent un manque de substance d’une histoire perlimpinpin rassemblant par ailleurs tant d’influences diverses (La servante de Kim Ki-young, entre autres) qu’il serait fastidieux de toutes les énumérer. Un amas de lieux communs illustré en trois parties incontestablement mal jouées (le casting est uniformément mauvais) mais non moins incontestablement ficelées dans le genre on-déplie-la-mécanique-pour-faire-souffler-la-petite-boîte-à-musique, avec deux trois petites choses amusantes dedans (la réception gore à la fin vaut son pesant de cacahuètes). Film chaos de l’année? Certainement pas. Mais Lee Thongkham est un bon artificier du cliché et, d’humeur clémente, on va dire que les occasions de s’amuser ne sont pas si fréquentes… A.V.

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