Le premier épisode de la série HBO The Last of Us (la fameuse adaptation du non moins fameux jeu vidéo), diffusée chez nous sur Amazon Prime, a fait l’effet d’une déflagration sur les Internets. S’il faut prendre son mal en patience (un épisode chaque semaine), le premier, fichtrement efficace, vient de clouer le bec à tous les oiseaux de mauvais augure. Avis à chaud.
Jérémie Marchetti: « la longue introduction du pilote a de quoi clouer l’auditoire »
Père célibataire, Joel Miller semble compter sur sa fille Sarah pour faire fonctionner son quotidien; leur vie est bouleversée lorsqu’une épidémie ravageuse s’abat sur la ville… Même avec la maison HBO aux commandes, difficile de trouver dans un premier temps un quelconque intérêt à la transposition live de The Last of Us par Neil Druckmann et Craig Mazin: on a déjà soupé, tant par lassitude que maintenant par connaissance de cause (!!) des histoires de fins du monde et d’infectés par tous les trous, sans compter que l’influence du jeu de Naughty Dog – un des meilleurs de ces 15 dernières années mains levées – avait réussi à aller bien au-delà du monde vidéo-ludique (en témoigne des films comme The Last Girl – Celle qui a tous les dons (Colm McCarthy, 2016) ou Gaïa (Jaco Bouwer, 2021) jouant clairement sur le terrain de l’adaptation non-officielle). Si l’apport de Kantemir Balagov puis son éviction (prévisible) avaient suscité une montagne russe d’intérêt, il ne restait alors plus grand-chose, si ce n’est les quelques belles images teasées, fidèles au matériel de base – mais est-ce si compliqué, au fond?
Et pourtant, POURTANT, au-delà du cast solide comme du béton (Daddy Pascal et une Bella Ramsey inquiétante dont le choix a fait jaser tous les amateurs d’adolescentes à calmer fissa), la longue introduction du pilote a de quoi clouer l’auditoire, qu’on connaisse le jeu ou non. Désespérés que nous sommes, on guette même la probable trace laissée par Balagov, avec un jenesaisquoi dans la souplesse organique de la mise en scène. On aura beau s’être enfilé un bon paquet d’instants pré-fin du monde, cette première demi-heure de l’avant/pendant le drame se révèle d’une beauté et d’une rigueur à frémir. La suite, un poil plus convenue et confuse, met doucement, mais sûrement le spectateur sur les rails d’un long chemin de croix, et invite un peu à la frustration, avant d’achever le tout sur fond de Depeche Mode dans un dernier plan dément. Et voilà que maintenant, on demande la suite… J.M.
mORGAN BIZET: « Peut-on vraiment se plaindre? La série se substitue finalement très bien au jeu vidéo de Naughty Dog »
La sortie de la série HBO The Last of Us dérivée du jeu vidéo éponyme de Naughty Dog est un événement. En dehors du succès phénoménal de la franchise vidéoludique (pour rappel cette dernière a atteint les 37 millions d’exemplaires vendus), The Last of Us a marqué l’histoire du jeu vidéo par sa narration fluide, intégrée au sein même des phases de gameplay, donnant à l’expérience un cachet cinématographique. De ce fait, tout ce qui avait attrait au jeu vidéo perdait progressivement de son intérêt, par effet de redondance et par manque d’audace. Un procédé qui fera des émules, pour le meilleur et surtout pour le pire – il suffit de regarder l’état actuel du secteur du jeu à gros budget. Que The Last of Us passe à l’écran était donc logique. Son créateur, Neil Duckmann a d’ailleurs également fait la transition, passant de game director à showrunner, ainsi que réalisateur sur certains épisodes.
Concrètement, qu’attendre d’une série The Last of Us? Une adaptation en bonne et due forme du jeu, qui plus est accompagnée du bel écrin habituel des productions HBO? À la vue du pilote, la série semble prendre ce chemin. Le casting est impeccable. Pedro Pascal et Bella Ramsey sont très crédibles en Joel et Ellie. La réalisation est soignée. Craig Mazin, l’homme derrière la sensation Chernobyl en 2019 (déjà chez HBO), assure son passage derrière la caméra. Peut-on vraiment se plaindre? La série se substitue finalement très bien au jeu vidéo de Naughty Dog. Délivré du poids du gameplay de fouille irritant et des phases de shoot ou d’infiltration redondantes, le spectateur peut enfin se concentrer sur ce qui faisait le véritable intérêt des jeux: une narration digne d’une série HBO lambda. Comprendre : propre, carrée, avec une place laissée à l’émotion. Pour le frisson, on attendra encore un peu. Ce qui est certain en tout cas, c’est que si la série The Last of Us continue dans cette voie, on pourrait définitivement se passer des jeux – le troisième épisode devant, tôt ou tard, voir le jour. M.B.
The Last of Us est une série télévisée américaine créée par Neil Druckmann et Craig Mazin, diffusée depuis le 15 janvier 2023 sur la chaîne américaine HBO et sur Amazon prime chez nous.
