« The Last of Us » épisode 3: oui, c’est le nouveau « San Junipero »

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Long, long time, l’épisode 3 de The Last of Us, adaptation du jeu vidéo à succès diffusée aux États-Unis sur HBO et en France sur Prime Vidéo, a bouleversé les yeux et les cœurs de millions de spectateurs à travers le monde. Les acteurs Nick Offerman et Murray Bartlett y incarnent deux survivants de l’apocalypse qui vivent une histoire d’amour déchirante.

C’est bien, un pilote de série réussi. Mais après? Un geste de trop, un faux mouvement, et les promesses peuvent s’effondrer. Mais pour The Last of Us, la série des showrunners Craig Mazin et Neil Druckmann (le créateur du jeu), ce n’est pas ce qui est arrivé, bien au contraire. En guise de seconde mignardise, l’épisode suivant confirme le surprenant mélange de respect et de réappropriation du jeu original: on y retrouve Joel (Pedro Pascal), l’un des survivants d’une pandémie qui a transformé la moitié de l’humanité en zombies récalcitrants, chargé d’assurer la protection d’Ellie (Bella Ramsey), une adolescente rebelle qui pourrait détenir la clé du remède au virus. On retrouve aussi les somptueuses babels dessinées par l’homme et grignotées par la nature, des claqueurs (soit les seuls champi qui ne finiront pas dans une poêle avec du persil) qui claquent, et un refus de concession qui se marie fort bien avec les habitudes de HBO, où s’attacher à un personnage tient du réflexe fatal. Mais la terreur des silences et des hors-champs, les flashbacks pré-pandémie jamais envahissants ou les idées apportées à la sauvette (telle cette terrifiante connexion entre les mutants) montrent à quel point on dépasse l’adaptation poliment réussie. Et là, troisième épisode. C’est le drame. Ou plutôt le vrai, le beau drame.

Ellie et Joel se dirigent vers une petite ville fortifiée par un tandem subtilement aperçu dans le jeu d’origine: on apprenait, entre les lignes, que les deux hommes qui les attendaient étaient en couple. L’information y était assez discrète pour que les «vrais sachent» et les autres… continuent leur route. L’idée déchirante de l’épisode, où Joel aurait dû retrouver un de ses deux camarades si la série avait suivi scrupuleusement son modèle vidéo-ludique, est de changer la trajectoire du récit: on replonge soudainement dans la vie des deux hommes que ne nous ne connaissons pas (un survivaliste armé jusqu’aux dents, interprété par Nick Offerman, et un voyageur incarné par Murray Bartlett, inoubliable dans la première saison de The White Lotus), de leur rencontre agitée jusqu’à leur mort. « Je m’étais imaginé la manière dont ils avaient vécu ensemble et comment leurs philosophies de vie différentes les avaient éloignés l’une de l’autre« , explique Neil Druckmann dans Variety. C’est Craig Mazin, déjà showrunner à succès de Chernobyl, qui a eu l’idée de modifier leur destin. « C’était l’occasion de raconter le passage du temps, et de s’interroger sur la notion de sécurité« , ajoute-t-il. Du coup… L’utilisation d’une chanson de Linda Ronstadt, la séduction immédiate du duo Murray Bartlett/Nick Offerman (icônes DILF, si vous voulez tout savoir), les petites preuves d’amour au milieu des ruines, les menus détails qui relient le tout au récit présent (car la parenthèse n’a rien d’un remplissage pseudo-chic): tout, absolument tout, y est déchirant, jusqu’à son évidente métaphore sur la survivance des LGBT à travers l’histoire de l’humanité.

Une émotion dévastatrice qui rappellera probablement à certains celle ressentie devant San Junipero, autre grande romance par-delà l’amour et la mort qui avait inondé de larmes nos pauvres téléviseurs. Homophobes et molosses férus de sang frais ont évidemment répondu à l’appel en aboyant tant qu’ils pouvaient: c’est oublier que derrière sa violence, The Last of Us marque surtout et avant tout par sa mélancolie et sa vision bouleversante d’un monde fané. C’est si beau et si douloureux qu’on se demande sincèrement si on finira cette première saison debout… J.M.

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