[CRITIQUE] THE HOUSEMAID de Im Sang-soo

Comme Freaks (Tod Browning, 32), The Housemaid pourrait facilement rejoindre cette fameuse liste des films proscrits aux femmes enceintes. Avant de le découvrir, il faut savoir qu’il s’agit du remake d’un classique du cinéma coréen réalisé par Kim Ki-Young au début des années 60, tellement rare qu’il a récemment été restauré par la World Cinema Foundation de Martin Scorsese et tellement sacré pour les cinéastes là-bas (Park Chan-Wook, Kim Ki-duk…) que personne n‘a osé y toucher en 50 ans. L’une des raisons pour laquelle il reste emblématique vient de sa dimension sociale. La relecture d’Im Sang-Soo (The President’s Last Bang) stigmatise exactement les mêmes cibles (l’abus de pouvoir, les artifices du paraître, la corruption par l’argent, les germes d’une lutte des classes) avant de développer un mécanisme cruel d’humiliation et de vengeance. Là où l’on attendait le cinéaste, c’était aussi sur le traitement de l’érotisme et de la violence en se demandant s’il allait choisir la suggestion ou la représentation explicite. En réalité, il a trouvé avec cette histoire le véhicule idéal pour résumer la plupart de ses idées formelles et proposer un mélange des deux, en ménageant les zones d’ombre et en instaurant dès les premières images une tension charnelle.

La différence majeure réside aussi dans la caractérisation de l’héroïne, plus Candide au cœur pur que malfaisante meurtrie, même si cela se produit au détriment des autres personnages dont les fonctions et les sensibilités ont été modifiées. Par conséquent, ce sont eux qui ressemblent aux archétypes d’une fable sur la perfidie. Le début, paranoïaque et abscons, fonctionne comme une boucle maléfique avec une conclusion amorale. La seule exception, c’est l’enfant unique – alors que dans l’original, ce sont des jumeaux – qui, en conservant un regard distancié sur le monde des adultes, finit par inverser les rôles et par prendre la gouvernante comme une enfant naïve et désarmée – ce qu’elle est. C’est la seule à la considérer et à lui rendre sa part d’humanité dans cet univers corseté où les femmes (mariée, amante, domestique) sont vouées à une soumission éternelle, incapable d’exprimer une émotion – en cela, c’est l’antithèse de Girls’Night Out et Une femme coréenne, les précédents longs de Im Sang-Soo, très décomplexés par rapport à la découverte et à la reconnaissance du désir féminin. Le revers de la médaille, c’est que cette précision psychologique s’exprime un peu au détriment de l’émotion. S’il n’est pas exempt de faiblesses, ce remake de The Housemaid témoigne pourtant d’une incroyable gestion des effets illustratifs avec une attention particulière au cadre et à la manière dont les personnages se déplacent dans l’espace ou habitent le lieu. Les deux dernières séquences, les plus choquantes, les plus baroques et les plus belles, rappellent au passage la nature fantastique de cette histoire de surface dorée et de soubassements putrides, même si elles risquent fatalement de dérouter ceux qui s’attendaient à plus de classicisme.

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