[CRITIQUE] The grudge de Takashi Shimizu

Dans ce qui paraît être une paisible maison de Tokyo se cache l’un des fléaux les plus épouvantables qui soient. Quiconque franchit le seuil de la demeure est aussitôt frappé par une malédiction qui ne tardera pas à le tuer dans un sentiment d’indicible rage. Alors que le nombre de victimes augmente, une jeune Américaine, Karen, se trouve brutalement confrontée à l’horreur de cette réalité. Pour elle, il n’est désormais plus temps d’ignorer ou de fuir, il faut comprendre pour avoir une chance de survivre… Proposé par Sam Raimi, le remake américain de The grudge se situe un cran au-dessus du film homonyme dont il s’inspire et qui demeure toujours inédit en France. C’est l’occasion pour les cinéphiles français de découvrir la copie améliorée du film par le même réalisateur (Takashi Shimizu) avec les éléments du premier (structure narrative alambiquée, intrigues parallèles, distorsion de temps) en mieux.
En plongeant des personnages américains (Sarah Michelle Gellar, Bill Pullman, Clea DuVall) dans un environnement nippon auquel ils n’arrivent pas à s’acclimater, Shimizu s’amuse malignement à mettre en scène une sorte de Lost in translation à la sauce horrifique et agrémente son intrigue originelle d’une allégorie sur la solitude et la peur de l’étranger. La combinaison des deux pays est astucieuse : elle confère de fait une dimension corrosive derrière ce remake bâtard qui ne se laisse pas avoir par les sirènes hollywoodiennes et tente d’imposer sa singularité dans un circuit aseptisé.
Autrement, les effets horrifiques sont les mêmes que dans l’original, les meilleures scènes sont conservées et les moins pertinentes astucieusement éludées pour ajuster cette fluidité qui faisait cruellement défaut au film japonais. Même si elle reste ténue, la psychologie des personnages est légèrement approfondie. Ce sont des ambitions louables d’autant que les acteurs s’en sortent avec les honneurs, mais The grudge joue sur le même sentiment de frustration et de mystère et délivre plus une succession superficielle de séquences à exploser le trouillomètre qu’un film à proprement parler.
Le spectacle manque d’émotion comme de substance et peut lasser (on finit par trop bien les connaître, ces fantômes aux cheveux longs et au regard maléfique) mais cette relecture pas inintéressante et somme toute efficace reste l’occasion pour Shimizu de se faire un passeport, non seulement pour lui mais également ses acteurs japonais, dont l’excellent Ryo Ishibashi (Audition, Suicide club).

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