[CRITIQUE] THE FUTURE de Miranda July

Vieille poupée aux grands yeux bleus et à la voix monocorde, Miranda July se met une nouvelle fois en scène après Moi, toi et tous les autres (2004) et traine sa silhouette comme ses modèles avoués : Woody Allen et Todd Solondz. The Future, son nouveau long métrage, scrute la déprime de deux trentenaires qui voient leur horizon bouché et leurs rêves envolés. Lui (Hamish Linklater) est téléopérateur; elle (Miranda July) est prof de danse. Pour bouleverser leur quotidien flasque, ils veulent adopter un chat handicapé. Comme témoin distant de leur stérilité, le félin partage en voix-off ses pensées noires sur l’abandon, et pourrait bien être une métaphore du couple ou encore de l’enfant qu’ils n’auront jamais. A défaut de solidifier, cette étape majeure d’adoption fragilise les tourtereaux qui veulent une dernière fois retrouver leur indépendance et vivre de nouvelles expériences : avoir son quart d’heure de célébrité virtuelle, vendre des arbres à des voisins cloitrés dans leurs pavillons et effrayés par le monde extérieur, connaître l’amour dans les bras d’un autre. Tous deux attendent d’être cueillis par le destin et les rencontres. La première demi-heure de The Future peut sembler irritante avec sa grisaille existentielle, son couple un peu excentrique (mais pas trop) et ses clichés sur l’ultramoderne solitude. Mais c’est fait exprès : il faut passer par un réalisme scrupuleux pour que Miranda July puisse développer son sens poétique du décalage – qui nous avait beaucoup séduits dans Moi, toi et tous les autres – l’absurde et l’humour poli ponctuant le récit. Les habiles jeux de constructions auxquels elle se livre répondent toujours à une nécessité cachée.

Avant et après la rupture sentimentale, The Future ne fonctionne plus de la même manière. Quelque chose s’est définitivement brisé et cueille le spectateur par magie. Le soleil disparaît et le monde avance à l’envers. Pour traduire cette douleur, Miranda July reprend les planètes comme repères symboliques. A la fin de Moi, toi et les tous les autres, on se souvient qu’un petit garçon attendait de grandir pour épuiser les mystères de l’existence et fixait avec obstination un lever de soleil. Cette fois, un homme s’adresse à la lune dans la nuit froide de l’oubli. Son couple est en cendres. Sa copine séparée de lui. Et ils explorent séparément des espaces-temps comme des prémonitions immobiles, permettant de voir en accéléré ce que l’un et l’autre vont devenir. Dans le futur donc, elle file l’amour avec un autre homme, rangée dans une boîte comme une desperate housewife ; lui n’arrive pas à tourner la page, paralysé par les souvenirs, la tristesse et l’amertume d’une séparation qu’il n’a pas vu venir, souffrant de l’absence de celle qu’il aime encore (comme la pluie manque au désert). L’impact émotionnel est presque aussi fort que dans le dernier épisode de la série Six Feet Under. Et c’est dingue de voir comment ce petit film évolue, de mieux en mieux, grandissant à vue d’oeil, commençant chétivement par réciter les lieux communs du cinéma indie pour renaître à mi-parcours en fable poignante et désenchantée où les amants désunis ont les cerveaux baladés et les cœurs hypnotisés.

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