[CRITIQUE] TARNATION de Jonathan Caouette

Jonathan Caouette filme sa vie depuis l’âge de onze ans. Avec toutes ses bobines, il nous entraîne dans un tourbillon psychédélique à partir d’instantanés, de films amateur super-8, de messages enregistrés sur répondeur, de journaux intimes vidéo, de ses premiers courts métrages et de bribes de la culture pop des années 80, accompagnés de scènes reconstituées, pour tracer le portrait d’une famille américaine éclatée par de multiples crises mais réunie par la force de l’amour.

Peu étonnant que John Cameron Mitchell (auteur de l’épatant Hedwig and the angry inch) soit le co-producteur (avec Gus Van Sant, tombé amoureux du film) de Tarnation : le film prend dans ses instants les plus frivoles une tournure d’opéra pop avec une bande-son sublime et des tubes qui restent gravés dans nos mémoires de petits clous. Ce n’est que la face claire de cette auto-fiction, sorte de défi de cinéma, où un homme a passé sa vie à se filmer dans l’optique de faire une œuvre sur sa mère, sur la découverte de son homosexualité, sur sa vie façonnée comme une œuvre d’art, avec en exergue une réflexion sur la vie et l’art, ou comment l’art peut avoir une fonction cathartique pour un individu qui cherche à s’évader de son quotidien. Cela passe par la vidéo en premier lieu, mais également par d’autres formes artistiques telles que le théâtre (Caouette en a fait lorsqu’il était au lycée) ou la musique.

C’est le pari cinématographique le plus fou qu’on ait vu depuis Dancing (Patrick Mario Bernard, Xavier Brillat, Pierre Trividic, 2002), une formidable fiction intime d’un homme qui voit surgir dans sa maison un double, la mauvaise partie de lui-même qu’il tente d’assassiner. On retrouve un peu le même concept ici avec Caouette qui essaye de tuer les démons de son passé, de connaître les raisons de son dérèglement intérieur, de comprendre pourquoi sa mère est devenue folle…

En creux, il se dessine un portrait familial oppressant qui évoque les secrets de famille, les erreurs d’hier, les frustrations d’aujourd’hui. En puisant dans son vécu ; en fouillant dans les arcanes guère reluisantes d’un passé ombrageux et ignoble ; en montrant les fantômes de sa vie quotidienne partagée entre mensonges, cloisonnement, silences et faux sourires hypocrites, Caouette signe une œuvre qui ne ressemble qu’à elle-même, une introspection émouvante doublée d’une déclaration d’amour d’un fils à sa mère.

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