[CRITIQUE] SYMBOL de Hitoshi Matsumoto

Dans Dai Nipponjin, son premier long-métrage, Hitoshi Matsumoto, comique connu au Japon comme Kitano pour ses prestations télévisuelles, racontait avec dérision le quotidien d’un super-héros ostracisé par la population japonaise qui était, malgré lui, l’unique dépositaire d’une faculté héréditaire permettant de se transformer en géant pour protéger Tokyo des agressions de monstres. Le concept du mockumentary construit sur l’idée que les gens avaient remplacé les mythes par les jeux vidéo pour s’extraire de la réalité était extrêmement original. Le résultat était très curieux, à la fois culturellement marqué et profondément universel, passant par différentes formes d’humour (absurde, slapstick, burlesque, gag, comique de situation) avant une dernière demi-heure en forme de sentaï sous acide. Symbol, son nouveau film, ne manque pas de surprises. Matsumoto réalise et se met une nouvelle fois en scène dans la peau d’un homme prisonnier d’une immense pièce blanche, sans savoir pourquoi. A chaque fois qu’il appuie sur des sexes d’anges, cela provoque une action : des apparitions (un guerrier Massaï) et des objets (de la nourriture, de la sauce soja) bouleversent le lieu sans explication.

Toute la première partie qui se déroule dans cet univers clos cherche à rendre aussi fou que le personnage principal. On pense à Old Boy (un personnage enfermé dans une cellule pour des motifs inconnus) et à Cube, où un humour nonsensique et une inspiration tirée de la bande-dessinée (il y a un running gag autour de la visualisation mentale en planche de strips des tentatives de sorties de la pièce) remplacent Beckett, Sartre et Brecht. Au même moment, par la grâce d’un montage parallèle, on découvre au Mexique la famille hystérique d’un catcheur masqué. On comprend rapidement qu’il est considéré comme un loser, ramenant de manière habile à Dai Nipponjin dans lequel les super-héros essuyaient le même mépris. Tout cela serait anormal s’il n’y avait pas un lien entre ces deux histoires (d’un côté, le fou enfermé dans la pièce et hanté par des hallucinations; de l’autre, le catcheur et sa famille). Au bout d’une heure drôle et absconse, un coup de théâtre inattendu accélère la cadence du récit et propulse le spectateur dans la quatrième dimension. Et, à partir de cet instant, Symbol ne ressemble à rien de connu. Il faut le voir pour le croire.

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