Sylwia est influenceuse fitness, partageant son amour pour la transpi, les body et les shakers protéinés avec le monde entier. Belle de l’intérieur et ça se voit à l’extérieur: des milliers de followers, un petit chien sac à main et un sourire colgate en option. En voiture, elle s’éclate à écouter Roxette et elle a bien raison. Mais Sylwia est tragiquement seule au milieu de la foule. Il a suffi d’une vidéo où elle exprime ouvertement son mal-être pour faire tanguer le bateau: les fans collants rappliquent, les sponsors grincent des dents. Et elle vit très mal l’apparition d’un stalker en train de se branler la nouille devant chez elle. Et continue ainsi à dévaler la pente du mal-être…
Il faudra sans doute s’habituer à voir surgir au cinéma surgir ces personnages d’influenceurs très ancrés dans notre temps, ces fameuses stars d’aujourd’hui qui ont poussé comme des champignons en à peine une dizaine d’années et se multiplient comme des satanés gremlins sous la douche. De toute évidence, Magnus Von Horn a été séduit par la fracture entre la mise en scène ripolinée et la réalité triste et médiocre. Il suffit d’ailleurs de voir le nombre incalculable de vidéos d’influenceurs racontant face cam leurs états dépressifs et leurs doutes, où soudainement l’humain se substitue à l’image fantasmée (et parfois même de manière calculée…). Mais star de ciné?
De rock ou d’Insta, quelle différence au fond? Sweat a beau contempler avec précision l’abime de la barbie girl, sa trajectoire a quelque chose de très programmatique, a peur de se frotter aux zones trop acides, là où se seraient épanouis les films d’auteurs comme Ulrich Seidl, Paul Verhoeven ou Todd Solondz, oubliant même que la réalité se montre parfois plus grotesque que tout ce que le cinéma pourrait imaginer (à ce titre, il suffit de voir cet infernal himbo de TiboIn Shape se rendre à Auschwitz ou à la morgue entre deux squats). Ce qu’il réussit sans doute le mieux dans le malaise, c’est probablement toute la trajectoire familiale de la jeune femme, mise en lumière dans une longue scène de repas où elle comble de cadeaux des gens qui ne l’écoutent pas et ne la défendent pas. Avec ces Jacquelines qui vous disent qu’au fond, ce sale mec qui vient vous harceler pourrait bien être très sympathique et mériterait un câlin…. Le final en mode «prends mars et ça repart» laisse le doute quant à la reconstruction de son héroïne, à la fois trop gentil pour l’enfoncer et trop timide pour la sauver. J.M.
15 juin 2022 en salle / 1h 46min / Comédie dramatique, Drame, ComédieDe Magnus von Horn Scn Magnus von Horn Avec Magdalena Kolesnik, Julian Swiezewski, Aleksandra Konieczna |

15 juin 2022 en salle / 1h 46min / Comédie dramatique, Drame, Comédie