[CRITIQUE] STAR WARS – LES DERNIERS JEDI de Rian Johnson

Où sont les étoiles dans nos yeux? Si Le Réveil de la Force était trop proche du Star Wars de 1977, Les Derniers Jedi ne récite pas L’Empire contre-attaque. Et pour cause: aucune noirceur au programme! C’est Youpiland. Ici, les héros du Réveil de la force rejoignent les figures légendaires de la galaxie dans une aventure épique qui révèle des secrets ancestraux sur la Force et entraîne des révélations (pas trop révélantes quand même) sur le passé.

Tout va bien au royaume Disney-Pixar-Marvel-LucasFilms. Vu les premières réactions dans les différentes avant-premières, les fans sont aux anges. Le bien est bien, le mal est mal. Et comme ils sont contents, alors tout le monde est content. C’est peu dire que le manichéisme a la côte et que les archétypes font fureur sans être transcendés. Mais difficile de ne pas voir en 2017, cette année un peu triste où l’on continue de célébrer Star Wars et de bouder Blade Runner 2049. Où l’on attend Jigsaw et où l’on se contrefout de Billy Lynn. Où l’on aime les charentaises et où l’on déteste les prises de risque. Où on porte au pinacle les fonctionnaires et où l’on méprise les artistes. Où on vend de la camomille et où l’on récuse la noirceur. Et c’est fatigant. C’est fatigant car rien ne change. On aura beau louer la présence derrière la caméra d’un artiste aussi consciencieux que Rian Johnson, le réalisateur de Looper ; on ne peut pas dire que ce deuxième volet de la nouvelle trilogie Star Warsentamée en 2015 soit la révolution tant attendue. C’est plutôt une manière de combler les attentes des fans et de remplir le cahier des charges sans trop brusquer ce petit monde bien tranquille. Ce qui frappe, et ce qui déçoit dans un premier temps de la part de Rian Johnson, à qui l’on doit quelques-uns des épisodes les plus zarbis de Breaking Bad, c’est à quel point il s’est révélé aussi généreux que sage, aussi prometteur que scolaire, aussi souriant que désinvolte. On entre dans un restaurant de luxe où l’on nous promet un festin, on a droit à un œuf au plat.
Après l’inévitable convention du générique, le spectateur est gratifié d’une séquence d’ouverture renvoyant à Rogue One, le spin-off sorti l’an dernier, reprenant les enjeux comme cette rencontre entre la somptueuse Rey (Daisy Ridley) et l’indémodable Luke Skywalker (Mark Hamill). Et le film de dérouler son programme avec ce qu’il faut de pop, de fun, de tragédie, d’énergie, de guerres cosmiques et de CGI surpuissants. Si on est d’humeur, on peut s’amuser du côté maxi best-of avec la résurrection de Mark Hamill (vrai héros de l’épisode, pas forcément bon acteur), le souvenir de Carrie Fisher (séquence émotion très ostentatoire), les très laissés-de-côté Adam Driver (vraiment bien)/John Boyega (sous-exploité) et les quasi-absents Chewbacca (sans Han Solo, fatalement), C-3PO et autres R2-D2 – les producteurs ayant cédé face aux sirènes du jeunisme en imposant BB-8 façon connard JarJar. Si on ne l’est pas (nous), on s’épuise très vite. En d’autres termes, on a bien rempli l’assiette du spectateur pendant 2h32 de pure science-fiction spectaculaire et foisonnante, riche en pyrotechnie et en pistes parfois inexplorées, atomisant par son côté foutraque toute vaine résistance sur son passage, sans examen d’état d’âme. C’est le déluge et on s’en fout. Car, enfin, rien n’est poignant dans Les Derniers Jedi. On est juste confortés dans l’idée que nous sommes face à une machine de guerre prompte à être déclinée à toutes les sauces (film, série, jeu vidéo etc.) et à tous les supports (Imax, Dolby Cinéma…), à se renouveler façon plateforme maousse, à affronter les nouveaux monstres que sont Netflix et Amazon. Overdose! Et peu importe au fond le talent indie aux commandes, c’est la même came informe, le même recyclage éhonté, le même cinéma qu’on dévitalise. Du divertissement ready-made qui ne divertit finalement plus en laissant trop apparaître sa nature industrielle, qui récréé sans cesse de nouveaux enjeux pour nous gaver de nouveaux produits déclinables à l’infini et qui, à force d’entasser et de ne rien développer, ne laisse aucune trace persistante pour chopper de nouveaux fans. C’est marketeux, c’est agressif, c’est con. En bon veau, on attendra la/les prochaine/s déclinaison/s entre deux blocs de super-héros marvelliens. On attendra mai 2018 pour le spin-off sur la jeunesse de Han Solo, on attendra Noël 2019, date à laquelle J.J. Abrams viendra mettre un terme à cette nouvelle trilogie. C’est le pouvoir sans cesse renouvelé de la nostalgie vintage dans laquelle tout le monde se réfugie à la manière d’un rituel mortifère. C’est le temps qui passe, qui court. C’est bien et c’est nul en même temps.

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Date de sortie 13 décembre 2017 (2h 32min) / De Rian Johnson / Avec Daisy Ridley, John Boyega, Oscar Isaac / Genres Science fiction, Action / Nationalité américain[CRITIQUE] STAR WARS – LES DERNIERS JEDI de Rian Johnson
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