Devenu Leader suprême du Premier Ordre, le bad-guy Kylo Ren (Adam Driver) remonte la piste d’une mystérieuse planète ou se planque l’empereur Palpatine (Ian McDiarmid), soit le maître diabolique de Dark Vador dans la première trilogie. Rey (Daisy Ridley) continue d’apprendre à maîtriser la Force pendant que Poe Dameron (Oscar Isaac) et Finn (John Boyega) mènent tant bien que mal la Résistance sous le regard bienveillant mais inquiet de la Princesse Leia (Carrie Fisher).
Vous l’entendez le cri du cœur: C’EST FINI. Enfin, c’est eux qui le disent. D’accord mais vraiment? Pour de bon? Jusqu’à quand? Et qui va sauver la galaxie? Et la force obscure, c’est en quelle monnaie? Mais où sont passées les gazelles? Ce nouvel opus s’avère bel et bien présenté comme la conclusion de la troisième trilogie Star Wars, dite de Rey et Kylo Ren, initiée avec Le Réveil de la Force qui avait su moderniser la saga en 2015 et continuée (avec un bonheur plus qu’incertain) par Rian Johnson avec Les Derniers Jedi. C’est aussi la fin de Un Nouvel Espoir sorti 42 ans plus tôt. C’est la galaxie ayant tourné autour de la famille Skywalker qui s’éteint. C’est une histoire à terminer, tout un héritage à assumer. C’est peu dire que la pression est maximale, que la soupe à la grimace est proscrite et qu’au moindre spoiler, c’est main dans la gueule et chasse aux sorcières sur les réseaux sociaux.
Inutile de lutter, surtout avec une projection de presse organisée la vieille de la sortie (pas folles, les guêpes), on a rapidement compris, d’une part, que la presse n’avait pas grand-chose à (re)dire et d’autre part, qu’elle était désarmée, croulant sous le poids du cahier des charges de J.J. Abrams: satisfaire les fans avec des combats numériques bien foutus et donner une issue idéale à tous les personnages, anciens comme moins, et, surtout, ne froisser personne. C’est le doudou rassurant d’une époque managériale où l’on incite chacun à sortir de sa zone de confort pour mieux l’atomiser, c’est l’art du cinéma de nous faire au contraire rester dans cette zone et de consoler du réel, ce genre de chose… Et cet enjeu-là très mode et très servile (éviter que les fans cassent les Internets) nous passe un peu beaucoup au-dessus. Le film ne prêche que pour sa paroisse, son système clos et ne s’adresse qu’à ceux qui se sont déjà cognés l’Episode VII et l’Episode VIII. Les autres, lâchés sur le bas-côté depuis la nuit des temps, devraient logiquement crever d’ennui dans une indifférence générale.
Voyons maintenant les objectifs. Après le spin-off assez raté, et à juste titre très boudé, consacré à Han Solo, Disney avait besoin d’un objet suffisamment consensuel, rempli jusqu’à la gueule de clins d’œil, de références, de personnages, de gadgets (oh, tiens, ce joli petit robot qui devrait fureur question merchandising) pour ne pas inciter des fans à lancer une pétition en ligne pour qu’il soit éradiqué de la saga. Un pur produit de fan donc, calibré et surécrit par Disney pour contenter tout le monde auquel manque la sempiternelle excitation. On est tous d’accord. Reste les personnages (Rey, Poe, Kylo, Finn), très attachants dans leurs combats, leurs faiblesses et leurs émancipations – en somme leur quête d’identité dans la galaxie. Reste les acteurs, tous bons. Reste aussi la volonté de J.J. Abrams de faire surabonder les intrigues parallèles avec ce qu’il faut de circonvolutions, de couches, d’empilements pour porter à son paroxysme la grande histoire des Skywalker. C’est plein comme un œuf. Pour, après, écrire une autre grande histoire, ailleurs.
C’est pourquoi le «C’EST FINI» tient du bluff. C’est le glas d’une époque d’accord, le début d’une autre aussi. Si l’exécution terminale de cet opus-là frôle une certaine asphyxie et si certains détails font tiquer (tout ce qui tourne autour de l’actrice Carrie Fisher embarrasse assez), on ne peut décemment pas retirer à son auteur son art du storytelling – une vraie lisibilité, une réelle compréhension de tout ce qui se passe –, son goût du spectacle bien fait et son amour des caractères. Surtout des petits groupes face à des choses plus grandes qui dépassent. C’est la qualité de son défaut, au final. Et on est un peu entre les deux: pas dupes d’un pareil millefeuille mais contents d’avoir son assiette remplie pendant 2 heures et 22 minutes, gardant en tête que normalement nous avons fait partie de ces spectateurs privilégiés ayant appartenu aux différentes générations Star Wars (ceux qui l’ont vu en 1977, 1999 et 2015). Et on a beau jouer au cœur de pierre, ça reste touchant d’avoir (re)découvert la Force avec Rey et les Droïdes avec BB-8 et d’avoir assisté à la fin d’une saga. Non pas la saga Star Wars mais la saga Skywalker, celle de notre enfance mesdames messieurs. J.F.M.

