[CRITIQUE] SPLICE de Vincenzo Natali

Habitué aux jeux de puzzle retors et aux exercices manipulatoires depuis Cube, son coup d’essai réalisé il y a maintenant dix ans, Vincenzo Natali change de registre et veut prouver qu’il est capable d’explorer d’autres domaines. L’échec commercial de Cypher et la collaboration douloureuse avec les frères Weinstein l’ont convaincu de bouder Hollywood et de travailler comme un artisan, à l’abri des modes et des conventions. Splice est un projet ambitieux sur lequel il a consacré beaucoup de temps pour obtenir exactement ce qu’il voulait. En surface, Vincenzo Natali développe un argument que l’on croirait sorti d’un film de David Cronenberg  : deux scientifiques connaissent la célébrité pour avoir fusionné l’ADN de différents animaux afin de générer des créatures et, tels des sorciers fous, ignorent les limites légales et éthiques de leurs expériences en ajoutant l’ADN d’un humain pour donner naissance à «Nerd», un être indéfinissable. En substance, il donne à réfléchir sur la théorie, les dérives scientifiques, les déviances organiques et, surtout, la déontologie : comment s’accommode-t-on d’une découverte corrompue dans un univers social organisé qui ne tolère aucun débordement ?

Au lieu de recourir aux clichés, Natali emprunte une direction plus déroutante et se focalise sur la manière dont une créature mi-ange mi-démon révèle la fragilité d’un couple (Sarah Polley et Adrien Brody) qui a trop longtemps privilégié la recherche à l’intimité. Une autre problématique (connaît-on la personne avec laquelle on vit ?), proche du thriller intime, donne à voir au-delà des apparences. Ce n’est pas anodin si la sexualité (sa fréquence, sa durée) détermine la relation, et Natali – qui n’avait jamais filmé le sexe auparavant – réussit quelques tours de force audacieux. Ce sont les meilleurs moments d’un film inégal mais attachant qui utilise le surnaturel pour évoquer des enjeux humains. Petit à petit, on comprend que Nerd, la créature androgyne, remplace l’enfant qu’ils n’ont pas pu avoir et qu’ils n’auront jamais. Elle révèle l’innocence d’un nouveau-né et la cruauté d’un monstre en grandissant sans réussir à s’épanouir. Face à elle, le couple ne sait plus comment répondre à ses besoins et cherche des alternatives. Avec sa manière de ne pas y toucher, en filmant sobre sans avoir recours à des mouvements de caméra démonstratifs, Natali intègre des effets spéciaux (au demeurant réussis) dans un film d’auteur focalisé sur la psychologie et la démence qui guette. Les pistes évoquées sont intéressantes mais pas totalement abouties pour atteindre une dimension réellement dérangeante – là où le ton obstétrical de Cronenberg aurait été adéquat. Au final, on pense surtout à Victor Salva, le réalisateur de Powder et de Jeepers Creepers, avec le même choix du premier degré et du merveilleux dans la veine des productions fantastiques des années 80-90 pour évoquer des événements qui dépassent.

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