Rattrapage de trois films disponibles sur nos chères plateformes: Spencer de Pablo Larrain (Amazon), La maison de Emma de Swaef & Marc Roels, Niki Lindroth von Bahr, Paloma Baeza (Netflix) et Bull de Paul Andrew Williams (Shadowz).
Au rayon production quatre étoiles reléguée à l’étagère VOD, Spencer (★★), présenté à la Mostra de Venise en 2021 et diffusé directement sur Amazon janvier 2022, suscitait plus que la curiosité avec, d’une part, la présence derrière la caméra de Pablo Larrain sortant de son incendiaire Ema; et d’autre, son sujet, très convoité par les fans de froufrous à l’heure du thé, très empressés de voir feu Lady Di se faire vomir entre deux sauteries dînatoires. Le réalisateur chilien revient à son amour pour les bourgeoises tristes, un motif qu’il avait exploré également dans son excellente adaptation de Stephen King, Lisey’s Story, zappée par à peu près tout le monde (oui, c’est un reproche). Si dans son unité de lieu et son traitement quasi fantastique (la détresse de la princesse galope dans des couloirs royaux semblables à l’Overlook), le film réussit à s’éloigner de l’ombre d’une certaine Jackie, le constat est sans appel: il suffit de la première apparition de Kristen Stewart pour que tout se casse la gueule. Qu’importe la tornade mentale, les images bizarroïdes à la limite du camp (dont une scène de libération ultra kitsch sur All I Need is a Miracle!) ou l’esthétique kubrickienne (on y revient), les minauderies de la jeune actrice américaine ne donne jamais l’impression de voir Lady Di, tout au plus une très belle imitation de Naomi Watts. Et si concrètement, on n’a rien contre la star Twilight (qui se cherche pas mal actuellement), l’impression d’ouvrir un écrin luxueux pour y trouver une bague Wish l’emporte sur le reste.
On poursuit avec La maison (★★), cosigné par Emma de Swaef & Marc Roels, Niki Lindroth von Bahr, Paloma Baeza, et disponible sur Netflix. Très belle idée que ce film d’animation omnibus donnant carte blanche à quatre auteurs œuvrant dans la stop motion. L’idée est simple: offrir trois variations sur le thème de la maison maudite tout en restant tout public (on se demande pourquoi, mais soit). Si on s’extasie devant la technique et la direction artistique générale, d’une perfection assez redoutable, les récits semblent frappés de paralysie à bien des niveaux: le premier segment est le seul à s’aventurer vers le fantastique atmosphérique (quitte à donner probablement des sueurs froides aux plus jeunes), mais peine sérieusement à relancer son intrigue, pourtant digne d’un conte de Grimm, avec sa famille de paysans se voyant offrir un manoir luxueux. S’ensuit un segment plus moderne, avec sa souris cernée par des rénovations infernales, quelque part entre Gondry et Polanski, mais qui rate le coche à trouver le tempo juste. Quant à la conclusion et ses chats civilisés blablatant dans un no man’s land, elle s’aventure vers la fantaisie à la Jeunet, sans jamais réussir à décoller. En bref, les yeux seront servis, le reste…
Un dernier mot rapido sur Bull (★), de Paul Andrew Williams et visible sur Shadowz. Un homme bourru et solitaire revient dans sa ville natale pour casser la gueule de son entourage. Pourquoi et comment? C’est donc la trame de ce vigilante où Neil Maskell nous refait son numéro de Kill List, cette fois sous la direction de Paul Andrew Williams (vous vous souvenez de Bienvenue au Cottage? Ben nous non plus). On suit ce déluge de violence d’un œil mi-ouvert, entraîné il est vrai par une mise en scène carrée, mais peu flatté par un visuel proprement anonyme. Et puis arrivé en fin de course, voilà qu’on se mange un bon gros twist interdit des familles. Merci, mais fallait pas… J.M.



