[CRITIQUE] SOURCE CODE de Duncan Jones

De toute évidence, Duncan Jones a retravaillé un scénario de commande un peu éculé sur les paradoxes temporels pour modeler un remake de son précédent film, Moon avec un budget plus confortable (plus de 40 millions de dollars, soit huit fois plus que Moon). Il décline les mêmes obsessions en plus grand : le purgatoire de solitude, les univers parallèles, la répétition d’une même épreuve. Pour autant, Source Code n’est pas plus accessible. Afin d’apprécier pleinement le voyage, il faut passer outre les vingt premières minutes agressives (textures abrasives, montage staccato) proche d’un travail à l’épate de petit malin qui cherchent à placer le spectateur dans la position inconfortable du personnage principal (Jake Gyllenhaal) avec de brusques retours en arrière. Ça pourrait sentir le fumage de rideaux, et pourtant on s’accroche. Rapidement, on comprend où Duncan Jones veut en venir : démarrer comme un faux film d’action testostéroné pour le conduire comme un séduisant épisode de La Quatrième Dimension, échappant aux ornières redoutées : la répétition des «huit minutes» sur toute la durée, la narration sur le mode du «et si», la théorie du battement d’ailes du papillon… Passé la résolution de l’intrigue (débusquer le méchant terroriste),Source Code raconte une autre histoire, plus troublante : une odyssée intérieure dans un huis-clos du dédoublement, où le protagoniste prend conscience de son identité et de son passé. Progressivement, on quitte le divertissement léger pour basculer dans une tragédie cyber où la vie, l’amour et la mort se résument à des illusions d’optique. Un voile de mystère – pas épais mais réel – prend alors le pas sur les conventions et poursuit les bases d’un cinéma ayant le pouvoir de rendre la vie réversible. Pour une fois, la dimension romantique d’une histoire d’amour avortée à répétition est astucieusement exploitée dans une mécanique minutée qui n’autorise aucun temps mort. A l’inverse, la parabole politique même en sourdine semble plus démonstrative. Jadis, Adrian Lyne et le scénariste Bruce Joel Rubin avaient frappé plus fort avecL’échelle de Jacob (1991). Comme Richard Kelly (Southland Tales), Duncan Jones revendique l’héritage de Philip K. Dick. Comme un lien, il a certainement choisi Jake Gyllenhaal pour incarner un Donnie Darko adulte qui a la possibilité de changer le destin ou d’en accepter la fatalité comme un super-héros. Avec le temps, les yeux de l’acteur ont un peu perdu de leur mélancolie lunaire. En comparaison, Sam Rockwell habitait mieux l’espace. Face à lui, Michelle Monaghan est aussi lisse qu’un personnage virtuel et Vera Farmiga se tire magistralement du rôle le plus difficile – double de Kevin Spacey qui prête sa voix au robot dans Moon.

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