Un tout petit budget (on est à deux doigts du générique en comic sans ms) entièrement tourné en plan-séquence tendance achtung achtung distribué par Blumhouse? L’alliance est beaucoup trop bizarre et inhabituelle pour qu’on zappe instantanément ce Soft and quiet, premier long métrage de la réalisatrice Beth de Araujo, qui aurait tellement dérangé le boss Blum qu’il accepta de prendre le bidule sous son aile. Mais au vu de son contenu, on fera le choix – comme beaucoup – de ne pas trop en révéler.
Oui, tout a été tourné en plan-séquence (vrai ou faux? On s’en fiche un peu pour être honnête) pour donner l’impression de faire un grand plongeon en apnée dans les ténèbres du monde. C’était l’idée du très très impressionnant Utoya 22 Juillet, qui pouvait au moins se targuer de faire office d’exercice de mémoire. Ici, rien n’est moins sûr. Dans les premiers instants, on suit Emily, l’incarnation de la Karen type, cet archétype de la femme blanche américaine aisée, généralement arrogante et raciste – ce qu’on tâche de bien nous faire comprendre par l’entremise des regards qu’elle lance sur la femme de ménage! Après avoir quitté l’école où elle enseigne, Madame se rend à sa réunion entre bonnes ménagères, mais, ô surprise, il ne s’agit ni d’un club de lecture ni d’une perspective de sororité féministe.
Mauvais goût ou pas, c’est la vision d’une tarte (!!) qui va offrir un nouvel éclairage à la situation. Sauf que voilà, le dispositif temps réel/caméra à l’épaule n’a absolument rien d’indispensable (une carte de visite de l’épate, tout au plus) et vise plutôt un pseudo réalisme documentaire nauséeux pour se la raconter. L’interprétation outrée, l’étalage en tartine de tout ce qu’on a compris en une minute (mais sur une heure trente), l’engrenage pervers parce qu’autant être méchant, il faut aller jusqu’au bout: comme pour l’affreux Ne dis rien, c’est la fête du malaise certes, bien sûr, évidemment, mais à quel prix? Le plus triste dans tout ça, c’est qu’on comprend sans problème les intentions de sa réalisatrice: oui, une malfaisance autrefois tapie dans l’ombre montre de plus en plus son vrai visage, d’autant plus dans un pays où l’on a repris l’habitude à certains endroits de brûler des livres au napalm (entre autres…). Difficile de reprocher à Soft & Quiet le souhait de parler du mal d’une époque – un mal qui ne se cantonne plus au simple continent américain. Encore aurait-il fallu être plus plume que plomb dans cette affaire. J.M.
Disponible sur Shadowz | 1h 31min | Epouvante-horreur, ThrillerDe Beth de Araújo | Par Beth de Araújo Avec Jon Beavers, Stefanie Estes, Nina E. Jordan |
Disponible sur Shadowz | 1h 31min | Epouvante-horreur, Thriller


