[CRITIQUE] SKYFALL de Sam Mendes

Lorsque la dernière mission de Bond tourne mal, plusieurs agents infiltrés se retrouvent exposés dans le monde entier. Le MI6 est attaqué, et M est obligée de relocaliser l’Agence. Ces événements ébranlent son autorité, et elle est remise en cause par Mallory, le nouveau président de l’ISC, le comité chargé du renseignement et de la sécurité. Le MI6 est à présent sous le coup d’une double menace, intérieure et extérieure. Il ne reste à M qu’un seul allié de confiance vers qui se tourner : Bond. Plus que jamais, 007 va devoir agir dans l’ombre. Avec l’aide d’Eve, un agent de terrain, il se lance sur la piste du mystérieux Silva, dont il doit identifier coûte que coûte l’objectif secret et mortel…
Alors sommet ou pas sommet ? Sommet, assurément. « Skyfall », le James Bond 2012, a le mérite de confirmer une chose que l’on soupçonnait depuis maintenant deux épisodes : Daniel Craig en James Bond fut peut-être la grande idée de la précédente décennie pour relancer l’appétence du public pour l’agent 007 et concurrencer des agents au moins aussi prometteurs que Jason Bourne et des super-héros aussi tourmentés que Batman.
Difficile d’affirmer ou même de savoir si « Skyfall » est meilleur que les autres opus – ou pas – puisque tout repose sur la subjectivité. En fait, chacun vantera son James Bond préféré : Timothy Dalton, Sean Connery, Roger Moore, Daniel Craig… Et en fonction de la génération de spectateurs à laquelle on appartient, le meilleur James Bond, le vrai, correspond à celui avec lequel on a grandi.

Pourquoi diable est-ce que « Skyfall » est aussi émouvant ? Parce qu’il fête cinquante ans de fantasme avec beaucoup de noirceur, de théâtralité, de quête identitaire. Les puristes diront aux plus enthousiastes que cette profondeur était déjà palpable dans « Casino Royale » (2006), peut-être l’un des meilleurs James Bond de la précédente décennie, qui peut légitimement faire office de révolution James Bond.

A l’époque, c’était quand même la crise. Après s’être cherchée, sans trop de succès, pendant plus de dix ans, la franchise James Bond commençait sérieusement à s’essouffler. Ainsi, après un honorable « Meurs un autre jour », MGM et Columbia ont remis les compteurs à zéro et pris le risque de transfigurer leur icône.

Tout recommencer

« Casino Royale » était à l’origine une idée de Quentin Tarantino pour relancer la franchise, mais reprise par le réalisateur Martin Campbell, de retour dans l’univers 007 après « Goldeneye » (1995). Un nouvel acteur, Daniel Craig, un scénariste de renom, Paul Haggis, alors oscarisé pour « Million Dollar Baby », de Clint Eastwood, et surtout une toute nouvelle note d’intention de la part des producteurs : casser l’image de Bond qui commençait à ressembler de plus en plus à ses caricatures comme Austin Powers ou OSS 117.

James Bond n’avait pas seulement changé de visage (Daniel Craig), il a également changé d’univers. Certes, le cahier des charges inhérent à la franchise semblait respecté dans « Casino Royale ». L’action se situait aux quatre coins du monde, 007 changeait de voiture aussi vite qu’il les démolissait et glandait sa vie entourée de jolies filles vénéneuses.

Mais le film se passait admirablement des montres gadgets et autres voitures invisibles. 007 avait juste recours à la technologie actuelle, toujours estampillée Sony (du Blu-Ray en passant par les portables Vaio) pour se sortir des situations les plus létales et déjouer les multiples manipulations. Même les méchants de l’histoire avaient recours à des méthodes de torture archaïques : rien de mieux qu’une chaise sans fond et une corde pour essayer de faire parler quelqu’un ! La réussite de « Casino Royale » reposait au fond sur son réalisme.

Ce qui change

La vraie différence dans « Skyfall » vient du choix du réalisateur, celui qui est aux commandes de cette grosse production et apporte sa sensibilité, à savoir le réalisateur Sam Mendes à qui l’on doit « American Beauty » et « Les Noces Rebelles ». C’est exactement la même démarche que Christopher Nolan sur la saga Batman. Mendès a su apporter sa patte, son style, son élégance. Et « Skyfall » lui ressemble beaucoup, à la fois opératique et théâtral, toujours surprenant et efficace, ménageant autant les respirations que les temps forts.

En bon fan de 007, Sam Mendes a pris plaisir à prendre les attentes du spectateur à contre-pied sans jamais frustrer, toujours pour le meilleur. Ainsi, ce pré-générique qui se déroule en Turquie et qui préfigure ironiquement ce qu’aurait pu être « Skyfall » dans d’autres mains : une succession ininterrompue de séquences pyrotechniques. Puis il suffit d’un générique mortifère dont la puissance élégiaque est amplifiée par le thème d’Adèle pour que « Skyfall » révèle son réel enjeu: un film sur la vieillesse et la fragilité d’une icône quinquagénaire (50 ans de James Bond).

Sam Mendes révèle les failles humaines et l’on aime son « James Bond movie » pour toutes ces raisons, mais pas seulement. Allez savoir pourquoi, cet épisode a ce quelque chose en plus que les autres ne possèdent pas. La nostalgie ? La mélancolique ? L’aspect film-anniversaire ? Le thème d’Adele ? Le générique rouge-bleu ? Les rebondissements dignes d’une tragédie Shakespearienne ? Un méchant très méchant et hyper-charismatique en la personne de Javier Bardem ?

De toute manière, vous déciderez pour nous dès demain dans les salles. Allez-y – si possible nombreux, « Skyfall » est un régal.

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