Avec Showing up, qui suit au présent une artiste de Portland en train de préparer une exposition, les conditions paraissent peut-être plus clémentes que dans les films «historiques» de Kelly Reichardt, dont l’âpreté accentuait les efforts de ses personnages pour subsister, mais la cinéaste n’en garde pas moins un regard affûté sur les multiples tracas qui transforment la vie contemporaine en une forme de survie.
Le point de vue est celui de Lizzie (Michelle Williams) qui, quelques jours avant son exposition de sculptures, doit faire face à une quantité d’imprévus qui désorganisent son emploi du temps. Son chauffe-eau est cassé, et sa voisine Jo (Hong Chau), également artiste, amie et logeuse, n’a pas le temps de le réparer parce qu’elle aussi prépare deux expositions. Dans la journée, Lizzie travaille pour un journal dirigé par sa mère qui ne l’aide pas particulièrement, tandis qu’elle s’inquiète pour son propre frère, un dépressif qu’elle prend toujours pour un génie incompris. Son chat a à moitié tué un pigeon que sa voisine a recueilli, mais dont Lizzie est obligée de s’occuper.
Sous un air anodin, Kelly Reichardt tisse une série d’intrigues parallèles qui viennent enrichir la trame principale de l’expo approchante. Il en résulte des tensions, jalousies et frustrations, parfois conflictuelles, mais c’est aussi l’occasion de visiter de façon presque documentaire le fonctionnement d’une école d’art en pleine effervescence. On y voit différents profs donner leurs cours et les étudiants développer leurs œuvres sous le regard totalement détaché de la caméra. On est frappé par l’absence délibérée de jugement, alors qu’un regard plus sarcastique ferait facilement passer certains travaux pour ridicules.
Michelle Williams, plus caméléon que jamais, est quasiment méconnaissable, et les autres acteurs sont tous dans le même registre assez retenu, jamais dans la performance, même si certains d’entre eux sont plus pittoresques que d’autres, comme Judd Hirsch dans le rôle du père (que le hasard a réuni avec Michelle Williams presque en même temps que le Spielberg pour The Fabelmans). L’ensemble produit par l’accumulation de scènes faussement anecdotiques laisse une impression assez forte et ambivalente, selon l’humeur: certains y vont vu un constat sombre, alors que le film est plutôt positif, en disant simplement que les récompenses ne sont pas là où on les attend. Quand on pense qu’il a été sélectionné à Cannes 2022, on se dit qu’il a dû passer pour trop délicat pour se distinguer au milieu de la sélection pléthorique. C’est un film qu’il vaut mieux voir l’esprit tranquille. G.D.
3 mai 2023 en salle / 1h 48min / Drame, ComédieDe Kelly Reichardt Scn Kelly Reichardt, Jonathan Raymond Avec Michelle Williams, Hong Chau, Maryann Plunkett |

3 mai 2023 en salle / 1h 48min / Drame, Comédie