[CRITIQUE] SEULS TWO de Eric Judor & Ramzy Bedia

Gervais, policier à Paris, maladroit et entêté, est la risée de son commissariat. Depuis des années, il file sans relâche un esthète de la cambriole, drôle et narquois, Curtis qui, chaque fois, lui échappe et le ridiculise. Un beau matin, après une course poursuite manquée, Gervais se réveille dans une capitale vidée de tous ses habitants. Tous ? Pas tout à fait. Un second individu fonce dans les rues désertes au volant d’une Formule 1…

Produit par Warner, Seuls Two donne l’occasion à Eric et Ramzy de passer derrière la caméra et de signer – enfin – une comédie qui leur ressemble à 100%, en ayant les coudées franches et un budget plus que confortable. Là où ça devient intéressant, c’est que ce long métrage sort un an après Steak, météore hallucinant, premier gros bide commercial, où Eric passait déjà son temps à courir après Ramzy. Depuis, ils se sont attirés les faveurs de cinéphiles intransigeants qui jusque là méprisaient leurs comédies populaires (La tour Montparnasse Infernale, Double Zéro). Steak reste pourtant très incompris : Dupieux, cinéphile volontariste toqué de Buñuel, essayait de faire évoluer les deux humoristes ailleurs que dans leur registre de prédilection pour farfouiller dans des zones plus absurdes et troubles. Incontestablement, cette intrusion dans ce monde très singulier les a marqués. Par intermittence, Seuls Two s’égare dans des digressions déraisonnables en essayant de mettre en valeur un argument fantastique proche des paradoxes temporels (absence de repères spatio-temporels).

Au premier degré, cette comédie passe presque pour un délire mégalomane où Eric et Ramzy ont disposé de moyens colossaux pour faire strictement ce qu’ils voulaient. Comme, par exemple, rouler dans une voiture de formule 1 sur les quais de la Seine. On a parfaitement le droit d’être réfractaire à cette forme d’humour, mais les images de Paris désert justifient à elles seules le déplacement (on se demande encore comment ils ont réussi un tel pari). Le spectaculaire compense la légère vacuité d’une intrigue qui repose sur le jeu rebattu du chat et de la souris comme dans un cartoon de Tex Avery. Pourtant, derrière le bluff, on peut aussi voir le côté sombre de la farce : l’incapacité d’un duo à se séparer l’un de l’autre. Sans savoir pourquoi, les scènes sur l’autoroute qui ressemblent presque à une déclaration d’amitié inébranlable semblent empreintes d’une mélancolie inattendue.

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