Let’s play a game. C’est Halloween, et qui dit Halloween, dit… l’éternel retour de la saga Saw. John Kramer, le tueur au puzzle, est de retour dans un nouveau volet de la franchise initiée par James Wan en 2004. Cette fois, le serial-killer, malade et désespéré, se rend au Mexique afin de subir une opération expérimentale capable de guérir son cancer, mais lorsqu’il découvre que tout ceci n’est qu’une escroquerie visant des malades vulnérables et affligés, il se venge des escrocs dans un terrible jeu dont il a le secret.
Game over. La grand-guignolesque saga Saw s’était perdue dans les tentatives de réinventions très vaines, parfois même sans le tueur au puzzle – citons par exemple Spirale: L’Héritage de Saw de Darren Lynn Bousman (2011) avec Chris Rock et Samuel L. Jackson. Finalement, Metropolitan, qui détient la franchise initiée par James Wan, a fait appel à Kevin Greutert, réalisateur de Saw 6 rompu à l’exercice, pour vérifier cette bonne vieille rengaine selon laquelle, c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes.
Tel un rituel macabre, le Saw X fournit donc toujours des séquences de torture porn machiavéliques, mises en images avec la même imagerie (pièges sophistiqués, mauvais goût fièrement assumé, écrin verdâtre, local désaffecté, imagerie Z…), en récitant les mêmes travers (interprétation globalement laborieuse, écriture avec des semelles de plomb, coups de théâtre au-delà du réel…) mais en faisant lorgner la saga du côté du mélodrame méta, s’adressant aux aficionados et, en même temps, susceptible de séduire un autre public pouvant potentiellement « comprendre » les motivateurs du tueur en série, ouvertement présenté comme une « victime ». Ce qui, question morale, n’est guère reluisant, on vous l’accorde. Mais chercher la morale dans Saw, c’est comme dans la vie, c’est peine perdue…
Celles et ceux qui connaissent bien la saga horrifique ont bien compris qu’avec ce dixième épisode branché compassion et ambiguïté des mauvaises intentions, on revenait en réalité aux origines entre Saw 2 et Saw 3 avec un accent mis sur la relation entre Jigsaw/John Kramer et sa disciple Amanda, déjà évoqué dans le premier Saw de James Wan. Soit un «interquel», une suite se déroulant entre deux épisodes déjà existants, où le sempiternel tueur se venge via des pièges mortels. C’est là aussi la redite de cette phrase culte (« La plupart des gens sont si ingrats d’être en vie, mais pas vous, plus maintenant ») qui achevait le premier volet prononcé par le toujours présent Tobin Bell, dont la voix est, avec le temps, devenue aussi culte que celle de Tony Todd dans Candyman (Bernard Rose, 1991).
Ce Saw X est totalement dédié à son acteur et ne vaut presque que pour lui. Cela se voudrait un revival, avec un style plus substantiel qu’à l’accoutumée, et la musique de Charlie Clouser fait toujours son petit effet. Mais question méta, on repassera: aussi ludique soit-il, cet épisode échoue à répondre à cette question réellement contemporaine sur la consommation des images: les images d’un film d’horreur vs les images horribles du réel. Soit l’ébauche possible d’une vraie réflexion de la part d’une saga, ayant fait du torture porn son argument de vente. A.V.
25 octobre 2023 en salle / 1h 58min / Epouvante-horreurDe Kevin Greutert Par Josh Stolberg, Pete Goldfinger Avec Tobin Bell, Shawnee Smith, Synnøve Macody Lund |

25 octobre 2023 en salle / 1h 58min / Epouvante-horreur