Timide, pas vraiment beau (c’est un problème pour la suite) et taiseux, le brave Oliver pousse les portes d’Oxford et tente de se faire une place malgré sa personnalité en sourdine. Il jette son dévolu sur Felix, riche héritier tombant toutes les filles du campus, avec qui il va vite se lier de fil en aiguille: assez pour se faire inviter pour les vacances d’été dans l’immense domaine du golden boy. D’abord intimidé, Oliver va commencer petit à petit à changer de comportement, mue par une stratégie de séduction qu’on aurait pas soupçonné. Mais dans quel but?
Auréolé de gloire et de paillettes, Promising Young Woman était pourtant bel et bien un film meh, tentative parfois intéressante et un peu trop clinquante pour la jeune réalisatrice Emerald Fennell de se réapproprier le rape & revenge. Catapulté sur Prime dans nos contrées, son second long métrage, Saltburn, change complètement de braquet: la promo nous promet une virée vertigineuse et putassière dans les hautes sphères british, comme si l’esthétique tumblr rencontrait la sexy vague US de la fin des années 90 (Sex Crimes, Sexe Intentions et autres Sexe Attitudes), mais cette fois à l’heure du thé. Luxueux, baroque, chamarré, tourné dans un beau 35 mm: pas de doute, Saltburn est un film tape-à-l’œil, d’une beauté presque trop sûre d’elle. On flatte la rétine, attendons de voir le reste.
Rapports de classe tendu, trouble bisexuel, manipulation en cascades, dislocation familiale: de Plein Soleil et son remake Le talentueux Mr Ripley, en passant par The Servant, Théorème ou le récent Lost in the night, on ne compte plus les outsiders tourneboulant les foyers bourgeois dans tous les sens. Sur la pointe des pieds, Emerald Fennell entend ajouter son grain de sable… sans grand succès. Sa quête maîtresse de subversion tombe méchamment à plat, souvent trop calculée, parfois tout simplement déjà-vu (le trou de la baignoire qu’on lèche ne vaudra jamais la scène de douche dans O’Fantasma, et l’utilisation des règles à titre sensuel évoque… Fifty Shades of Grey) ou même gratuite (une scène de pseudo-nécrophilie sortie d’on ne sait où), distillant une peur constante d’aller au-delà et une envie pressante de couper au moment culminant. Échappé de Euphoria où il jouait le terrifiant Nathaniel, Jacob Elordi dégage autant de sensualité qu’une planche à repasser et Barry Keoghan rejoue sa partition du gamin dérangé, dont le charisme bizarre et la silhouette peu cohérente (le nerd zinzin est curieusement gaulé comme un athlète…) créént une distance irrévocable. Fennell a beau titiller la corde de l’homo-érotisme pop (on adore entendre Rent de Pet Shop Boys au détour d’un karaoké foireux et on appréciera le final facile sur Sophie Ellis Bextor), la grosse ganache meringuée avec son cœur praliné-poison passe plutôt mal… J.M.
22 décembre 2023 sur Amazon Prime Video / 2h 07min / Comédie, Drame, ThrillerDe Emerald Fennell Scn Emerald Fennell Avec Barry Keoghan, Jacob Elordi, Rosamund Pike |

22 décembre 2023 sur Amazon Prime Video / 2h 07min / Comédie, Drame, Thriller