Le voilà donc le Lion d’Argent de la dernière Mostra, LE film choisi pour représenter la France aux prochains Oscars. Une intrigue qui voit Rama, une jeune romancière, assister au procès de Laurence Coly à la cour d’assises de Saint-Omer, au nord de la France. Cette dernière est accusée d’avoir tué sa fille de quinze mois en l’abandonnant sur une plage à la marée montante.
Même si Alice Diop y a intégré des éléments fictionnels avec les co-scénaristes Amrita David et Marie NDiaye, c’est d’abord l’histoire d’un fait divers – la réalisatrice de documentaires ayant assisté au procès à la cour d’assises du Pas-de-Calais. Le 24 juin 2016, Fabienne Kabou est condamnée à 20 ans de réclusion criminelle pour avoir assassiné trois ans plus tôt Ada, sa fillette de 15 mois, en l’abandonnant à marée montante sur une plage de Berck-sur-Mer. Durant son procès, cette femme de 36 ans, issue d’une famille de notables sénégalais et dotée d’un QI supérieur à la moyenne, va invoquer la sorcellerie et décontenancer aussi bien la presse que les jurés par son absence de remords, après avoir profondément divisé les experts médicaux. En appel, sa peine a été réduite de cinq ans. Mais le mystère qui entoure son crime reste intact.
Ainsi, dans le film, au cours du procès, la parole de l’accusée (Guslagie Malanda, vue dans Mon amie Victoria, de Jean-Paul Civeyrac) qui explique son geste inexplicable par un maraboutage, fait vaciller les certitudes d’une Rama littéralement habitée par l’affaire, Rama qui, elle aussi, s’interroge sur son parcours familial passé et à venir. Quand le film ménage ses effets de mystère, jongle avec les souvenirs et choisit la retenue, il est élégant comme tout. Quand il devient trop lisible (cf. cette plaidoirie de fin en regard caméra qui ne nous convainc pas: n’est pas Paul Meurisse dans La Vérité qui veut!), l’édifice s’effrite un peu. D’où la grande difficulté à statuer sur le film, qui ne demande peut-être que ça. D’où aussi la grande difficulté de vous en parler avec la précision qui d’ordinaire guide le critique. On sait juste qu’on en est ressorti dans un état curieux, traversé par un brouillard de mélancolie qui ne paraissait pourtant pas désagréable. G.R.
23 novembre 2022 en salle / 2h 02min / Drame, JudiciaireDe Alice Diop Par Alice Diop, Amrita David Avec Kayije Kagame, Guslagie Malanda, Valérie Dréville |

23 novembre 2022 en salle / 2h 02min / Drame, Judiciaire