[CRITIQUE] SAINT-MAUD de Rose Glass

Laissant admiration et désolation sur son sillage, la société A24 rode d’années en années son petit circuit de films indépendants, qu’ils soient horrifiques ou pas, menant inexorablement à l’école de ce qu’on appelle à présent – et atrocement – le elevated genre. Il suffit de voir quelques arrivages récents – situées hors du giron A24 – tels que The Lodge, Relic, I See You, Je veux en finir ou Gretel & Hansel, pour se rendre compte à quel point tout le monde veut en être: esthétique rigoureuse, familiarité des thèmes (la déliquescence du monde, le féminin, la famille, le deuil…), envie dur comme fer de se prendre au sérieux et de contourner les facilités du genre… mais avec ce petit côté self-conscious qui finit, souvent, par alourdir l’entreprise.

Alors que l’on doit subir un report toujours très incertain de The Green Knight, Saint-Maud, annoncé après son passage au TIFF comme la nouvelle terreur du coin, s’est vu ballotté durant toute l’année. C’est au Festival de Gerardmer, début 2020, encore vierge de pandémie que le film remporte alors tous les suffrages. Mais inutile de rappeler que le meilleur film de la sélection ne veut pas forcément dire le meilleur film de genre de l’année. Comme souvent avec ce genre de petit film fragile, moins on en sait, mieux on s’en porte: infirmière au passé trouble, Maud s’efforce de communiquer l’amour de Dieu à sa nouvelle patiente, une ancienne danseuse fassbidernienne claquemurée dans un manoir. Sa foi amuse et séduit la demoiselle, qui préfère les jolies jeunes femmes, avant de l’exaspérer: très vite, Saint-Maud désarçonne les attentes en coupant court au face à face babyjanesque attendu. Alors Maud erre, Maud délire, Maud se parle, Maud entend des voix. Les mains jointes, elle entend bien réparer l’irréparable, Jeanne Dark en pleine mission céleste. Mais c’est bien sûr davantage vers les enfers que la jeune femme se dirige que vers les cieux.

Maîtresse de cérémonie, Rose Glass a du talent, c’est certain, tant par sa manière de poser son atmosphère sinistre, située dans un Coney Island biscornu (en fait, une petite ville du Yorkshire), bruyant et semble t-il labyrinthique, entre cage à rat et bicoque art déco (avec une esthétique parfois proche du Suspiria de Guadagnino), mais aussi pour diriger sa petite troupe, dominée par la révélation Morfydd Clark, dont les traits à la Jodie Foster semblent habités d’une perversité à la Jennifer Jason Leigh. Pas un premier film certes pour la jeune étoile, mais on lui souhaite inévitablement tout le chaos du monde. Mais après?

Malgré lui, Saint-Maud jouit d’une folie quelque peu mécanique. La plongée dans la caboche hantée d’une folle de dieu évoque fatalement Emprise, The Rapture ou Le Malin, et son personnage pourrait être aussi bien une héritière de Mère Jeanne de The Devils, de Margaret White dans Carrie ou une cousine éloignée de May. Lorsque l’image se dérègle et s’agite en vision grotesque, on reste sur sa faim, à l’image de cette voix surnaturelle évoquant une scène mémorable de The Witch ou le recours à un grand-guignol bâclé (en particulier lors d’une séquence charnière, hallucinante sur le papier, too much à l’écran). Saint-Maud, malgré une toute dernière séquence gonflée, se rêve en obsession morbide et en électrochoc qui ne vous lâche pas. La réalité, plus tiède, confirme qu’il n’en faut hélas pas beaucoup actuellement pour galvaniser les foules… J.M.

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25 novembre 2020 / 1h 23min / Thriller, Fantastique De Rose Glass Avec Morfydd Clark, Jennifer Ehle, Lily Knight Nationalité Britannique[CRITIQUE] SAINT-MAUD de Rose Glass
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