Avec Restless, Gus Van Sant joue la carte du mélodrame fantastique en délaissant le registre expérimental et ésotérique de la trilogie Elephant-Gerry-Last Days pour rejoindre la veine plus mainstream de Will Hunting et de A la rencontre de Forrester. C’est autant un film sur l’adolescence néoromantique qu’un film de fantômes avec un ange blond éthéré (Henry Hopper, fils de Dennis) qui vit dans sa bulle de spleen avec un double imaginaire comme compagnon de route et une fille malade (Mia Wasikowska) qui souhaite connaître l’amour une première – et dernière – fois. Ensemble, ils errent dans les cimetières et arpentent les cérémonies funèbres pour expier un mal-être indicible (il a perdu ses parents dans un accident de voiture, elle est atteinte d’un cancer en phase terminale). En substance, le récit soutient la nécessité de se confronter au réel et l’hypothèse que l’amour rédempteur peut naître même – et surtout – lorsqu’il semble condamné à l’avance. On peut considérer ça comme une forme d’optimisme et d’espoir qui s’exprime en réaction au cynisme ou au nihilisme.
Si les personnages paraissent agaçants au début avec leurs postures (le Dandy et la marginale faussement délurée) et ressemblent à des clichés, il ne faut pas oublier que Gus Van Sant part toujours du cliché pour trouver l’icône, comme il l’avait fait par exemple sur Last Days en transfigurant les derniers jours de Kurt Cobain. L’environnement est spectral, à mi-chemin entre la vie et la mort, la tonalité presque apaisée, alors que l’histoire semble gangrénée par la noirceur. L’innocuité apparente des dialogues est démentie par quelques notes de cruauté. Mais les mots d’amour, comme ceux que lisent le fantôme japonais en costume d’aviateur avant de disparaître, sont suffisamment simples et sincères pour chacun soit libre de s’identifier. C’est même un pari assez insensé que Gus Van Sant réussit : créer une proximité et faire naître l’émotion avec des personnages a priori distants et archétypaux. Ce qui hisse cet exercice au-dessus de la moyenne, c’est l’assurance du réalisateur (donc l’intelligence de sa mise en scène aérienne et précise, qui ne commet aucune faute de goût). Une identité visuelle, reconnaissable au premier plan et parfaitement adaptée au sujet, capable de tout transcender, même la plus classique des histoires d’amour.

