[CRITIQUE] REPO! THE GENETIC OPERA de Darren Lynn Bousman

Repo! The Genetic Opera appartient à ces comédies musicales qui aimeraient devenir cultes avant même d’être sorties en salle et feraient n’importe quoi pour avoir le prestige de The Rocky Horror Picture Show (en réalité, il faudrait déjà redorer le blason du Phantom of the paradise, de Brian de Palma). L’étiquetage «culte» constitue l’une des premières obsessions du malin Darren Lynn Bousman qui n’a pas envie de passer sa vie à enquiller les volets de Saw jusqu’à ce que la baudruche lui explose au visage. C’est l’occasion pour les cinéphiles les plus sceptiques de tester son talent ailleurs en se rappelant qu’Adrian Lyne a quand même réalisé L’échelle de Jacob et que dans la vie, les miracles sont possibles. Verdict : on est vraiment trop cons.

Le film se déroule dans un futur proche et raconte en toile de fond comment une épidémie dévaste la planète en tuant des dizaines de millions d’individus. Alors que des scientifiques tentent de trouver une solution à cette crise, une compagnie multi-milliardaire de bio-technologie appelée GeneCo commence à fabriquer de nouveaux organes pour les nécessiteux. Mais ceci, à un prix que personne n’imagine. Au premier plan, une fillette malade se dispute avec son papa veuf qui n’a plus que ses larmes pour chanter et pourrait bien être le fameux Repo Man, qui grosso modo vole les organes des riches pour les donner aux pauvres. Triste monde tragique. Et si Joël Schumacher avait mis en scène le script de Southland Tales en foutant la trop glam Paris Hilton à la place de Sarah Michelle Gellar ? Pendant dix minutes, on est prêt à réviser son jugement trop hâtif sur Darren Lynn Bousman. Même si le décorum suinte le mauvais goût (le «mauvais mauvais goût» tant redouté par John Waters, pourtant aficionado candide des comédies musicales). Même si les personnages semblent figés dans des costumes de clowns trop grands pour eux. Et puis, au bout de vingt minutes, plus rien.

Le reste, c’est un calvaire moins drôle qu’horriblement mortifiant. Cette kermesse où tout le monde se grime de noir et éructe à s’en vider les tripes (pauvres Paul Sorvino et Bill Moseley) fait passer Richard Kelly – qui s’était lui aussi inspiré du Repo Man d’Alex Cox pour Southland Tales – pour le nouveau Tsai Ming-Liang. Les seules idées de «mise en scène» pour Bousman, c’est de déplacer des personnages dans le cadre comme des pantins désarticulés, de résumer leur parcours avec une esthétique de comic book à peine tape à l’œil et de faire gicler un peu plus de sang que d’ordinaire en donnant des coups de coude complaisants aux goreux nerds qui le vénèrent. La noirceur, il connaît et la guimauve, très peu pour lui. Pourtant, toutes ses intentions pas enchantées du tout se retournent vite contre lui. En plus, on est vert. Les personnages chantent sans prendre le temps de parler un peu, de discuter du beau temps, ce genre de truc. Même pas. Toujours à brailler, à te chanter que le monde va mal sans se rendre compte qu’ils chantent faux depuis le départ.

En ne voulant pas briser son manège baroque et gothique de pacotille, Bousman ferme les yeux, singe Burton éméché, augmente le son de sa cacophonie pour faire illusion. Les séquences musicales avec du rock FM craignos et des chanteurs qui se font écraser le pied semblent torchées pour agresser les oreilles. Finalement, entre les affreuses suites de Saw et ce Repo, le vrai point commun, c’est la séance de torture où le spectateur devient une victime consentante. Sinon, Bousman, qui cite Repo comme le «nouveau Brazil» dans le dossier de presse, a confondu «univers apocalyptique» avec deux trois plans sur des lits d’alcôve, un tour à Disneyworld avec les poupées, les pirates et Minnie aussi parce qu’elle est sympa, et un terrain de garrigue en Provence en pleine nuit pour les scènes du cimetière.

Cette tambouille indigeste montre néanmoins lors de furtifs éclairs (une poignée de secondes sur deux heures et plus si affinités) ce dont Darren Lynn Bousman est capable lorsqu’il arrête de caresser ses amis geeks dans le sens du poil et qu’il n’impose pas trop la présence de Alexa Vega (une Lindsay Lohan en pire) qui est de tous les plans. Alexa qui porte une perruque. Alexa qui s’engueule avec papa qui est vraiment trop con. Alexa qui porte un costume de rockeuse. Alexa qui chante avec le mime Marceau (un Marilyn Manson du pauvre). Alexa qui se produit à l’opéra. Alexa qui pleure et à qui on a envie de filer deux torgnoles pour qu’elle stoppe ses conneries. Repo! The Genetic Opera est un sirop de morve qui dégouline et ne sera pris au sérieux que par les adolescentes gothiques de moins de 13 ans, coincées entre le biberon et le rail de coke, qui font fuck à leurs parents, écoutent Slipknot en pleurant leur prince charmant le soir…

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