[CRITIQUE] PROPRIETE INTERDITE de Hélène Angel

Avec Propriété Interdite, Hélène Angel propose une incursion française dans le fantastique. Au départ, un postulat simple de mauvais souvenir (une femme revient avec son mari dans une demeure familiale isolée, en pleine campagne, où son frère s’est donné la mort). Comme dans une ghost story, une présence hante les lieux et cohabite avec un personnage fragile, rongé par la culpabilité, dont le malaise se traduit autant dans un rapport maladif à la nourriture (l’écœurement pour compenser l’absence, comme quelqu’un qui s’arrête de fumer) que la manière dont ce qui appartenait à son passé contamine le présent à travers des éléments inhérents au genre (une photo, un vinyle craquelant). Une scène onirique la montre au réveil dans un lit superposé pour enfants : elle entend la voix de son frère, couché à l’étage au-dessus, sans apercevoir son visage et remarque un fusil de chasse qui pend. Au moment de prendre la fuite, ses membres semblent paralysés. Comme une prémonition, le rêve finit par rejoindre la réalité : au lieu de fuir, le couple reste cloîtré, fantôme à son tour dans un purgatoire où les issues de secours n’existent pas. A mi-parcours, un coup de théâtre propulse le récit dans une nouvelle dimension, grinçante et ambiguë. Jouant à partir de ce moment sur deux tableaux fantastiques (anxiogène et social), le film maintient un équilibre précaire en catalysant toutes les formes d’angoisses : la perte des proches, la clochardisation, la peur du contact humain, le regard de l’étranger. Avec de nouveaux enjeux, Angel travaille différents motifs : la répulsion, l’ostracisme, la solitude, les secrets d’un monde dont il faut sans cesse redéfinir l’identité et la cartographie, les fantômes des hontes passées et présentes. Propriété interdite est une fable de fin du monde à petite échelle (l’extraordinaire dans un contexte ordinaire), où la tragédie d’un couple traduit l’extinction de notre civilisation, où le malaise d’une femme devient celui d’une société apocalyptique. Angel cherchait depuis Peau d’homme, cœur de bête à traduire du mal-être, du trouble, du bouillonnement intérieur, sans saisir la formule. Avec une incroyable audace (qui ne sera pas du goût de tout le monde), elle y parvient ici, soutenue par l’énergie des comédiens (Valérie Bonneton, géniale), le montage nerveux de Yann Dedet, une intensité à haut risque, le refus du politiquement correct et sa détermination à elle : dire tout haut ce qui ne doit plus rester tout bas, ici et maintenant.

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