Le crime était presque farpait. Madrid, 9 heures du matin. Des clients, qui ne se connaissent pas sont dans un bar. L’un d’entre eux sort et se fait tirer dessus, les autres se retrouvent bientôt prisonniers du bar.
Perte de vitesse. Quatre murs. Un virus qui galope. Quelques personnes sans liens apparents. STOP. On arrête, on remballe et on se tire. Vraiment? Presque. La différence ici, c’est que le huis-clos sous quarantaine est signé Álex de la Iglesia, dont les derniers films commencent sérieusement à perdre des points de distribution en France (Pris au piège est un direct-to-VOD). Un phénomène qui ne date d’hier puisqu’on pouvait se rappeler par exemple que Mort de Rire ou Perdita Durango – sans doute ses 2 meilleurs films – étaient directement sortis en VHS/DVD. Alors on se dit que la vie est moche, que De la Iglesia est grand, et on déguste ce petit microcosme apocalyptique. Car en effet, en à peine une demi-heure, notre Álex sait faire la différence: une action serrée dans un scope beau comme un diable, des perso aussi inquiétants qu’hilarants – et surtout plausibles malgré la caricature évidente – une méchanceté sous-jacente qui ne fait que grandir de minutes en minutes, une situation où le pire peut arriver… Au fond, difficile de ne pas se laisser prendre au jeu. Il faut voir, par exemple, les protagonistes qui énumèrent savoureusement toutes les situations et twists possibles quant à leur confinement dans ce bar de Madrid. Du hipster branchouille à l’ancien flic rabougri, de la mégère (un des derniers rôles de l’impayable Terele Pavez) à la crevarde addict aux machine à sous, De la Iglesia croque, égratigne, dose patiemment cruauté et humour, gère adroitement son espace, dit non aux temps morts.
Le divertissement est assuré. Mais, car il y a un mais, quelque chose, quelque part, finit quand même par nous dire que tout ça, c’est un peu dommage. Un peu dommage de voir De la Iglesia s’aligner sur un genre trop exploité et à la mécanique trop bien connue: l’humain, capable du pire en situation de crise. Comme d’hab chez Iglesia me direz-vous, comme d’hab dans un huis clos, comme d’hab dans un film de virus. Difficile aussi de supporter les élucubrations du quidam le plus marginal du groupe, soit le sdf, qui offre un grain de folie certain à la situation avant de devenir progressivement de plus en plus crispant et de faire hélas ce qu’on attendait exactement d’un tel personnage, citations de La Bible en option. L’efficacité de Pris au piège se délite alors jusqu’à sa scène finale, à l’image forte mais tout de même très attendue.

