[CRITIQUE] Potiche de François Ozon

Première scène: Catherine Deneuve court dans les bois en jogging, avec ses baskets et son brushing impec, avant de prendre une pause pour retrouver ses amis de la forêt (une biche, un écureuil) auxquels elle dédie quelques poèmes niaiseux. On le comprend rapidement : cette comédie, librement adaptée d’une pièce de boulevard de Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy naguère tonifiée par Jacqueline Maillan, va carburer au millième degré. Sans raideur théorique, François Ozon renoue avec une veine théâtrale plus proche de Gouttes d’eau sur pierres brulantes (encore une scène de danse et un tube aux sonorités teutonnes genre Baccara) que de Huit Femmes. L’univers stylisé de Potiche se situe quelque part entre Rainer W. Fassbinder, Jacques Demy et John Waters. Les coiffures aspergées de laque, le mauvais goût érigé en art, les tentatives de mélo Douglas-Sirkien à travers une histoire d’amour impossible («Il n’y a pas d’amour heureux», la phrase d’Aragon si précieuse à Ozon) ou encore la ressemblance improbable entre Catherine Deneuve et Brigitte Mira (actrice fétiche de Fassbinder, héroïne désolée et téméraire de Tous les autres s’appellent Ali) ne laissent planer aucun doute sur la parenté. Evelyne Dandry, déjà dans Sitcom – dans lequel le père mangeait un rat comme dans Desperate Living et la mère se faisait violer par un rat géant comme Divine par le homard géant dans Multiple Maniacs – et Sergi Lopez, camionneur hypersexué échappé de Ricky reviennent comme des clins d’œil.

En substance, derrière la farce et le grimage, Ozon stigmatise les faux-semblants de la bourgeoisie et préfigure des convulsions sociales en faisant allusion dans les dialogues à des sujets tabous (inceste, homosexualité) ou à la vie politique actuelle. Il est soutenu par un casting ad hoc : Fabrice Luchini, barbu, le regard vitreux, excellent en patron réac et obséquieux ; Judith Godrèche, épanouie en fille à papa méchante possédée par le spectre de Marina de Van ; Jérémie Rénier, spontané en Clo-Clo des familles, sorte de versant solaire et décomplexé de l’ado torturé qu’il incarnait dans Les amants criminels ; Karin Viard, touchante en secrétaire attentiste avide d’émancipation ; Gérard Depardieu, la mèche sur le front comme Bernard Thibault, qui reforme un pur couple de cinéma avec la Deneuve, divine en potiche qui fait passer le bonheur des autres avant le sien et devient beaucoup moins tarte lorsque l’on découvre sa jeunesse dévergondée à travers des flashbacks hilarants. Celle qui, au départ, fredonnait du Michèle Torr seule dans sa cuisine, en remplissant le lave-vaisselle et en se contentant de sa solitude ahurie, devient une femme des années 80 plus adroite que gauche voulant résoudre les fléaux par les bons sentiments et, si possible, faire bander la France. Deneuve, présidente.

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