Second volet du dyptique Grindhouse, Planète terreur est un film de zombies bisseux et plutôt divertissant, électrisé par un Robert Rodriguez qui cherche davantage à faire plaisir qu’à citer des classiques ou à en devenir un. Ceux qui n’ont pas adhéré au Boulevard de la mort devraient adorer.
La sortie du second Grindhouse réalisé par Robert Rodriguez a été avancée et calée en plein milieu de l’été. Sans doute pour rassembler deux films qui pris séparément peuvent engendrer des malentendus. L’idée de les séparer en deux blocs distincts est sûrement louable étant donné qu’ils constituent deux entités propres mais inconsciemment ou non, cela a contribué à les opposer et à relativiser certaines valeurs aux yeux des cinéphiles. A en croire les échos, Tarantino aurait considérablement déçu et Rodriguez, agréablement surpris. Entre les deux films est née une émulation, pas saisissable au premier abord tant le mot d’ordre se résume à être cool. Or, le but de l’entreprise n’était pas de créer les deux chefs-d’œuvre du siècle ou même de reconsidérer Tarantino et Rodriguez en tant que cinéastes, mais de découvrir ce qu’ils avaient à nous apprendre. Ces deux films, intrinsèquement liés, doivent se voir comme des hommages explicites et bordéliques à tout un cinéma seventies vintage, aujourd’hui tendance, qui les a fait rêver. En un sens, une opportunité de revenir aux racines de leurs inspirations digérées. A une heure où dans l’industrie cinématographique actuelle reprendre les idées de son voisin est devenu un péché véniel, la démarche assez honnête mérite d’être appréciée pour ce qu’elle est. Et rien de plus.
En revanche, là où ça devient plus intéressant, c’est de constater à quel point ces deux volets Grindhouse ont été sciemment orchestrés par les deux frères nostalgiques pour qu’ils ne se ressemblent pas. Avec le même matériel et les mêmes intentions, ils ont signé deux films très différents. Le premier (Boulevard de la mort) dynamite en deux temps les codes du film d’horreur avec une fin à contre-courant (rien à voir avec l’application d’une énième loi du talion), des zestes de Roger Corman et des réminiscences de courses-poursuites flingués tendance Point Limite Zéro. Le second (Planète Terreur) fait coucou aux zombies de George Romero. Alors que l’un jette un regard discrètement mélancolique sur tout un pan de cinéma avec un art consommé du dialogue et du fétichisme sur les pieds et les bagnoles (histoire qu’on soit à la fois en terrain connu et en zone profane), l’autre traite son récit au premier degré en opérant un crescendo dramatique clair et en confrontant des personnages atypiques aux menaces zombies. Ce qui le rend plus classique (Rodriguez n’a pas envie de faire de la série B de luxe mais une série B tout court) et proche d’Une Nuit en enfer avec ses débordements bisseux, son goût réjouissant pour le gore qui explose et le trash qui tache. Voire même des relents science-fictionnels échappés de The Faculty. Chacun trouvera son plaisir coupable en fonction de sa sensibilité.
Tel quel, Planète Terreur constitue un divertissement estimable mais il lui manque peut-être ce recul nécessaire (le point de vue du réalisateur actuel) pour créer une distanciation. Le seul moyen de comprendre qu’il s’agit d’un film calibré Grindhouse, c’est finalement la présence de la bande-annonce de Machete, avec Danny Trejo – dont la version longue devrait aux dernières nouvelles voir le jour. Rodriguez a privilégié le plaisir immédiat au sens bourrin sans chercher à marquer durablement l’esprit une fois la projection achevée. Alors que Tarantino joue sur les contrastes en isolant des figures de style pour les amplifier (on se souvient encore de la collision automobile ou des gimmicks comme les textos amoureusement échangés), Rodriguez mise sur l’action qui fuse et compense ce qui peut s’apparenter à des faiblesses scénaristiques par une générosité à l’image. Ce parti-pris a été discuté dès l’initiation du projet mais on ne comprend pas très bien ce qui différencie Planète Terreur d’un autre film de zombie. Puisqu’on retrouve ses figures imposées, son sous-texte drolatique, ses militaires débiles, ses monstres dégueulasses, ses attaques sanguinolentes, sa séparation entre les contaminés et les non-contaminés. Dans le flux, il faut distinguer une idée similaire à 28 semaines plus tard (qui sort un mois plus tard) dans l’utilisation d’un hélicoptère pour zigouiller du zombie. C’est d’autant plus dommage que Rodriguez, faute peut-être de posséder une personnalité affirmée, fait mine de mettre du temps avant de trouver ses marques. Faut-il se détacher de Tarantino ou pas ? Faut-il obligatoirement traficoter le grain de l’image ? Faut-il oser quelques audaces ? Faut-il jouer avec la pellicule ?
En revanche, si on fait abstraction de ces écueils, le résultat plutôt divertissant séduit l’œil grâce à l’abus d’effets gores (Tom Savini, ici acteur, savoure quelques moments gratinés) et une propension à aller droit au but sans zigzaguer ou blablater dans sa bagnole. C’est sa qualité. Dans le récit, les personnages principaux sont présentés séparément avant de les rassembler vers un climax final époustouflant. Autour d’eux, des seconds couteaux gravitent souvent pour le meilleur: Bruce Willis aux antipodes des rôles qu’il a pu jouer jusqu’à présent ou même Quentin Tarantino qui fait la seule allusion ciné du film et s’octroie une scène hilarante. Rodriguez fait allusion au Boulevard de la mort en introduisant subrepticement l’un de ses personnages (l’animatrice radio black qui nous annonce-t-on est décédée récemment) mais pense avant tout à la fiction qu’il construit avant de citer des montagnes de références. C’est en cela qu’on ressent chez lui une fascination pour le contenant des films (les trucs débiles, l’immoralité de certains rebondissements) que le contenu (l’érudition cinéphile).
En revanche, si on fait abstraction de ces écueils, le résultat plutôt divertissant séduit l’œil grâce à l’abus d’effets gores (Tom Savini, ici acteur, savoure quelques moments gratinés) et une propension à aller droit au but sans zigzaguer ou blablater dans sa bagnole. C’est sa qualité. Dans le récit, les personnages principaux sont présentés séparément avant de les rassembler vers un climax final époustouflant. Autour d’eux, des seconds couteaux gravitent souvent pour le meilleur: Bruce Willis aux antipodes des rôles qu’il a pu jouer jusqu’à présent ou même Quentin Tarantino qui fait la seule allusion ciné du film et s’octroie une scène hilarante. Rodriguez fait allusion au Boulevard de la mort en introduisant subrepticement l’un de ses personnages (l’animatrice radio black qui nous annonce-t-on est décédée récemment) mais pense avant tout à la fiction qu’il construit avant de citer des montagnes de références. C’est en cela qu’on ressent chez lui une fascination pour le contenant des films (les trucs débiles, l’immoralité de certains rebondissements) que le contenu (l’érudition cinéphile).
Avec ce second volet qui se bonifie au fur et à mesure qu’il progresse (les premières images laissent craindre le pire), Robert démontre après les expérimentations casse-bonbons des Spy Kids et la suite pénible de Desperado qu’il est capable de beaucoup quand il pense à son plaisir perso sans oublier celui des spectateurs. S’il ne traite pas ses personnages de la même manière et donne trop d’importance à certains (le restaurateur morbide) par rapport à d’autres (le héros blessé incarné par Freddy Rodriguez), on ne peut pas lui reprocher d’avoir trouvé en Rose McGowan, revenue de sa Doom Generation, la seule et vraie héroïne de ce diptyque Grindhouse qui pleure lorsqu’elle exécute ses shows de go-go danseuse et dont la jambe sectionnée peut être remplacée par un bâton ou une mitraillette. Une trouvaille qui fonctionne.

