Agent d’élite, Mallory Kane est spécialiste des missions dans les endroits les plus risqués de la planète. Après avoir réussi à libérer un journaliste chinois retenu en otage à Barcelone, elle découvre qu’il a été assassiné – et que tous les indices l’accusent. Elle est désormais la cible de tueurs qui semblent en savoir beaucoup trop sur elle… Mallory a été trahie. Mais par qui ? Et pourquoi ?
Piégée apporte la confirmation, après la trilogie des Ocean’s, que Steven Soderbergh a changé de tempo schizo. Pour affirmer son indépendance et son intégrité dans le système Hollywoodien, il réalisait, selon ses propres mots, « un film pour lui et un film pour eux ». Dans les années 90, ça pouvait donner Schizopolis comme Hors d’atteinte. Aujourd’hui, il brouille ostensiblement la frontière et réalise désormais des produits informes qui se situent quelque part entre la fumisterie pure (beaucoup de fumée dans le brouillard) et la posture de rebelle Hollywoodien (des films où les stars n’ont pas les rôles principaux). Sans en avoir l’air, Piégée est dans la continuité de Contagion, son précédent film. Les sujets ont beau être différents, les traitements se révèlent pourtant similaires : une velléité d’expérimentation visuelle, un canevas de cinéma de genre, un casting de stars passé au hachoir.
Ainsi, malgré une distribution impressionnante (Ewan McGregor, Michael Fassbender, Channing Tatum, Michael Douglas, Antonio Banderas, Bill Paxton, Mathieu Kassovitz), l’intérêt repose entièrement sur Gina Carano, inconnue au cinéma, championne de free-fight qui dans la peau d’une espionne trahie s’illustre dans des scènes d’action brillamment chorégraphiées et ultra-réalistes. Les autres acteurs font l’affaire sans problème, mais aussi sans génie. Pour le reste (à savoir l’intrigue), il s’agit d’un projet très écrit, où rien n’est laissé au hasard, où le schéma est éminemment classique (une mission qui se transforme en échec, une cible à abattre et une vengeance inéluctable) et où Soberbergh semble avoir listé des scènes obligatoires avant de leur trouver un fil conducteur. A l’arrivée, s’il ne manque pas de cohérence, le film s’avère surchargé de dialogues bavards, dépourvu de rythme comme de conviction et ressemble à une collection de vignettes. C’est un peu le péché véniel de tous les cinéastes prolifiques comme Soderbergh ou même Winterbottom dans un autre registre: ils donnent l’impression de penser à leur prochain film au moment de tourner. Le problème, c’est que cette fois-ci, ça se voit un peu plus que d’habitude.


![[INTERVIEW ANTOINETTE BOULAT] Réalisatrice de « Ma nuit », avec Lou Lampros et Tom Mercier](https://www.chaosreign.fr/wp-content/uploads/2022/03/A.Boulat-1068x712.jpg)
